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Domaine étranger Un livre peut en cacher un autre

septembre 2019 | Le Matricule des Anges n°206 | par Guillaume Contré

Ce premier roman grec explore avec humour les apories de l’édition lorsqu’un événement imprévu met à nu la vacuité même de ses techniques de battage médiatique.

Une fois (et peut-être une autre)

La prétention à l’originalité est certainement une des illusions les plus tenaces du littérateur. Impossible objectif qui, avec le passage du temps, les avancées, reculs, sur-places et contradictions des esthétiques, avec l’augmentation sans fin du nombre de livres encombrant les étagères, se fait de plus en plus fuyant. Écrire c’est, dans une large mesure, écrire ce qui l’a déjà été. Tel est du moins le point de départ de ce premier roman du grec Kostis Maloùtas, qui décide de prendre cette affirmation non pas métaphoriquement mais au contraire le plus littéralement possible.
Ainsi nous conte-t-il l’histoire délicieusement improbable d’un romancier allemand et d’un autre uruguayen qui, sans s’en douter le moins du monde, se retrouvent à écrire et publier au même moment deux romans scrupuleusement identiques. Mot pour mot, pourrions-nous dire, n’était l’abîme séparant les langues allemande et espagnole. Ces deux romans, écrits de part et d’autre du vaste océan atlantique, portent le même titre ; titre qui est également – il ne pouvait en être autrement – celui du roman de Maloùtas : Une fois (et peut-être une autre). Et peut-être encore bien d’autres fois, en réalité, comme si ce curieux incident de la vaste combinatoire de thèmes, de mots, de formes et de situations qui compose la littérature mondiale ne pouvait que se répéter et se répéter encore (ce qu’il fera quand deux critiques se penchant sur ce roman double se mettront à leur tour à écrire exactement le même texte).
En tirant un peu sur la charrue, on pourrait imaginer ce roman unique et bicéphale comme le signe de l’épuisement final de ladite combinatoire et d’une consommation de cette fameuse « mort de la littérature ». Aurions-nous, par inadvertance, lu tous les livres ? Pourrait-on imaginer un futur où il ne s’écrirait et publierait plus qu’un seul et même livre ? Un monde dans lequel seul le battage médiatique ferait la différence ? Kostis Maloùtas ne donnera pas la réponse. Bien qu’il ouvre son roman par une longue description détaillée du contenu de ladite œuvre – l’histoire ordinaire d’un homme ordinaire dans une ville tellement ordinaire qu’elle en devient insituable sur une carte – c’est le destin des acteurs de sa diffusion (auteurs, éditeurs, critiques) qui l’intéresse.
« L’un des aspects les plus séduisants de la réalité est son imprévisibilité, y compris lorsqu’elle se comporte de la plus simple et prévisible des manières » : au fond, que deux auteurs mettent, chacun de leur côté, une décennie à écrire le même livre est, dans l’ordre de l’imprévisible, un événement parfaitement prévisible. La différence, naturellement, se situera dans ce que l’on fera de cet événement, le sel qu’on en tirera, le maître mot devenant « pragmatisme ». Dans le branle-bas publicitaire, le charivari communicationnel, où tout le monde – même les auteurs ! – y trouvera son compte.
Cela commence lorsqu’un critique amateur uruguayen germanophile, après avoir été l’un des rares à lire le premier roman de son compatriote Joaquín Chiellini, tombe par hasard sur le premier livre allemand d’un certain Wim Wertmayer. Il ne lui faut pas longtemps pour réaliser qu’il est en train de relire ce qu’il a déjà lu. Aussitôt, il voit le parti à tirer de cette étrange affaire, l’occasion pour lui de briller enfin en tant que critique. Et c’est bien cette même dynamique qui s’emparera des autres acteurs de l’affaire, de l’éditeur uruguayen au nom improbable (Rodrigo Caimán), en passant par son collègue allemand, par un critique teuton, etc. Seuls les deux écrivains (plagiaires non par anticipation mais par inadvertance) semblent pédaler un peu dans la semoule, mais ils finissent par s’accoutumer. Tous autant qu’ils sont ne tardent pas à unir leur force et à organiser éditions, rééditions, traductions des deux romans, mais aussi études critiques, colloques internationaux, tournées des librairies, etc. Cela permet à Kostis Maloùtas de construire une grande farce burlesque et méditative sur les aléas du monde de l’édition dans un monde où la littérature – cette vieille histoire – semble de jour en jour n’intéresser qu’un cercle de plus en plus restreint. Guillaume Contré

Une fois (et peut-être une autre),
de Kostis Maloùtas
Traduit du grec par Nicolas Pallier,
Éditions do, 132 pages, 16

Un livre peut en cacher un autre Par Guillaume Contré
Le Matricule des Anges n°206 , septembre 2019.
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