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Domaine étranger Pile et face

septembre 2019 | Le Matricule des Anges n°206 | par Dominique Aussenac

Dans son dixième roman, l’Espagnol Luis Landero relate l’histoire aussi édifiante qu’aberrante d’un égomane. Effets de miroir garantis.

La Vie négociable

De moins en moins de romans surprennent par leur construction, leur architecture et les relations qu’elles entretiennent avec l’écriture. A l’instar des Villes invisibles d’Italo Calvino, certains pourtant présentent des allures prégnantes, incongrues. La structure narrative de celui-ci, autant récit de filiation qu’allégorie du ratage, est assez singulière. Elle prend la forme d’une sinusoïde. Une spirale noir argenté qui vrille les ténèbres, rougeoie, noircit, solarise. Elle interpelle le futur tout en réexhumant le passé, accélère, stagne, mêle des histoires en fuseaux, alterne soleil et ombre. Elle suit les péripéties du héros, à l’ego, rêves et désirs surdimensionnés, qui, dans un monde aussi étriqué que régi par des lois et des valeurs, ne peut les transformer et s’adapter à la société. « À force de fantasmer sur le futur et sur mes talents innés, j’ai découvert en moi des qualités de commerçant et d’acteur.  » Il est pris dans une onde d’échecs extrêmement cuisants. N’en recueille aucune leçon. Tel un bipolaire, il enchaîne les temps d’extraordinaires exaltations créatives et d’atonies lucides, alternant fautes et rédemptions, chances incroyables et mistoufle. C’est un perdant, sans empathie pour le monde, égotiste et vaniteux donneur de leçons. Il nous est odieux et nous attendrit, il nous ressemble ! Un perdant plus médiocre que magnifique, qui s’immerge, nage et se noie à chaque fois. Il n’est pas victime du poids d’un fatum vertical. Il semble simplement aspiré, propulsé par la fatalité qu’il porte en lui. Boule de flipper qui se fracasse irrémédiablement sur la réalité. Pourtant, il n’hésite pas à toujours négocier, à manipuler. Ses valeurs, sentiments, conscience… « Après tout, c’est peut-être ça, la vie, en tous cas la mienne : emprunter le premier chemin venu, sans chercher plus loin, et savoir qu’au bout de ce voyage incertain, l’ultime recours qui nous reste, la carte gagnante que nous gardons dans notre manche, consiste à négocier avec qui de droit notre rêve d’éternité…  »
Pour Hugo Bayo, tout bascule au début de l’adolescence, quand il prend conscience que sa mère a un amant. Il devient maître-chanteur contre des friandises, puis de l’argent. Quand son père très pieux, très conservateur lui apprend qu’il magouille dans l’immobilier et le destine à suivre cette voie, il récidive. Ce commerce domestique délétère, le cambriolage d’un appartement, la disparition de ses parents dans laquelle il a une grande part, le violent désir d’être écrivain ou militaire héroïque, l’amènent au métier de coiffeur pour lequel il excelle. Mais jamais en adéquation avec le statut, le rôle occupé, il se cabre, rue, tergiverse. Dans un ultime rebondissement, croyant être seul au monde, il retrouve ses parents éthérés dans un parc.
Narrateur hors pair, à l’écriture enlevée, fiévreuse par moments, au registre de langue simple en apparence, Luis Landero se fait dramaturge et cinéaste par sa manière de camper ses personnages aux dialogues incisifs, abrupts, et de les faire évoluer dans l’espace et le temps. Tel Cervantès ou Kafka, il joue avec l’absurde pour révéler notre humaine condition. Né en 1948, fils de paysans d’Albuquerque émigrés à Madrid, l’auteur entre très tôt dans la vie active : apprenti mécanicien, épicier, assistant administratif… En 1964, à la mort de son père, il décide de se consacrer professionnellement à la guitare flamenca et accompagne des cantaores. Pris d’une boulimie de livres, il lit, étudie, devient professeur de littérature espagnole et d’arts dramatiques. Il publie son premier ouvrage à 40 ans. Si Ordesa de Manuel Vilas, autre livre sur la filiation défraye actuellement la chronique, La Vie négociable pourrait lui souffler le titre de meilleur roman espagnol de la rentrée.
Dominique Aussenac

La Vie négociable, de Luis Landero
Traduit de l’espagnol par Alexandra
Carrasco, Le Rocher, 448 pages, 22

Pile et face Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°206 , septembre 2019.
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