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Domaine français L’art d’aimer

octobre 2019 | Le Matricule des Anges n°207 | par Emmanuelle Rodrigues

Patrick Autréaux se réinvente sous les traits d’un jeune étudiant en médecine ainsi qu’il le fut lui-même. Un magnifique roman sur l’amour.

Quand la parole attend la nuit

Né en 1968, Patrick Autréaux n’a pas toujours été écrivain. Dès l’enfance, il se découvre une passion pour la médecine à laquelle il s’est en premier destiné, et ce n’est que plus tardivement qu’il en viendra à se consacrer à la littérature. En 2006, il cessera d’exercer la psychiatrie d’urgence. Atteint d’un cancer dont il guérira, il entreprend alors d’en faire le récit dans un triptyque inspiré de son expérience. Publié en 2009, Dans la vallée des larmes rapporte de quelle façon l’épreuve de la maladie aura bouleversé en profondeur sa vie : « Il semblait pourtant que l’expérience de cette connaissance secrète, connaissance sans savoir que m’avait donnée la maladie m’avait lancé dans un corps-à-corps intérieur avec ce que, faute de mots, je nommerai poésie pure. » Suivront, en 2010, Soigner et en 2013, Se survivre. Quand la parole attend la nuit poursuit l’exploration de thèmes déjà à l’œuvre. Il s’agissait pour lui en écrivant ce livre de sonder à nouveau la pratique de la médecine et d’aborder « le versant intime que peuvent être les études de médecine, et surtout la pratique des urgences ». Il imagine ici un roman d’apprentissage qui se déroule durant les dernières années du XXe siècle, période maintes fois qualifiée comme « fin de l’histoire », toile de fond politique et sociale sur laquelle toute une génération évolua entre ces deux temps que furent la chute du Mur de Berlin et l’effondrement des Twin Towers, tout en se confrontant brusquement au sida.
Au cours de ses études, Solal, le personnage principal, rencontre Simon, premier amour fulgurant, mais aussi Lou, l’amie qui le soutiendra lors de sa séparation d’avec l’aimé. Puis, à son tour, il offrira son amitié à Schull, vieil homme solitaire, lors de son agonie. Au fil de ses rencontres, il se découvre au travers de ses relations érotiques, amoureuses et amicales. Solal ne manque pas non plus de se tourner vers sa propre histoire et auscultant ainsi l’origine de ses désirs les plus enfouis, il se recrée lui-même à force de scruter sa part secrète. Le roman fait le récit de ces temps décisifs, à la fois sombres et lumineux, qui permettent à Solal de se saisir de son destin. Celui-ci cesse de se croire un « homme normal » : l’homosexualité lui apprend à se distancier de tout conformisme, l’exercice de la psychiatrie questionne sa fonction de médecin, et la peur laisse entrevoir des gouffres, ainsi que « la désuture du réel ».
Peu à peu, cette quête de soi, quête de vérité, ainsi qu’une prise de conscience, révèlent au jeune homme que sa vocation pour la médecine l’a éloigné de son désir d’écrire, le laissant aux prises avec son monde intérieur aux « allures de hall désert ». Loin encore de s’être accompli, il se promet toutefois de ne plus « négliger de penser à ce qui manque à être entendu, à ce qui ne peut se dire de ne vouloir se dire mais doit être écouté. » Cette exploration quasi analytique dévoile à quel point Solal est un être encore en devenir, quand celui-ci en vient à comprendre « qu’il faisait autre chose qu’un simple métier, si noble soit-il, qu’il participait à une activité organisée par aucune instance transcendantale mais qui débordait l’individu qu’il était. C’était une profession qui avait à voir avec un geste très ancien, qu’il n’avait pas appris dans son enfance et dont il ne retrouvait pas la généalogie par une histoire de famille – un geste qui lui semblait plus ancestral encore. » Et le romancier de décrire alors le processus d’une métamorphose, à la lisière de la vie et de la mort, au seuil d’élucidations tout autant que de questionnements de plus en plus vertigineux.
Si l’on a aimé lire les précédents livres de Patrick Autréaux, celui-ci aux accents autobiographiques plus estompés, n’en demeure pas moins inspiré par une expérience que l’auteur aura su transfigurer par les moyens de la fiction pour nous tendre ce « miroir nocturne », et questionner : « Était-ce donc cela le secret de la médecine : découvrir qu’on est bien plus qu’un individu, qu’on est soi-même un éventail de l’être humain ? » Emmanuelle Rodrigues

Quand la parole attend la nuit,
de Patrick Autréaux
Verdier, 176 pages, 15

L’art d’aimer Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°207 , octobre 2019.
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