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Histoire littéraire Portrait d’une anartiste

novembre 2019 | Le Matricule des Anges n°208 | par Éric Dussert

Françoise d’Eaubonne était une citoyenne de combat avec ses livres féministes ou sa science-fiction « genrée ».

Le parcours de Françoise d’Eaubonne ne manque guère d’allure : authenticité, vaillance, éclats, on se demande encore pourquoi, ou comment, elle se montra si chevaleresque et intransigeante, audacieuse et brillante. Qu’elle s’engage contre l’occupant nazi ou qu’elle devienne porteuse de valises durant la guerre d’Algérie, elle resta elle-même, femme et hyperactive… Son parcours comporte plusieurs dates nodales qui vont devenir historiques : elle est d’abord la cofondatrice du Mouvement de libération des femmes (MLF) en 1969, puis deux ans plus tard avec Guy Hocquenghem la fondatrice du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR). Elle est bel et bien révolutionnaire, communiste, féministe, sans doute aussi terroriste et ne s’en cache d’ailleurs pas… Elle a participé en 1975 à un attentat contre la centrale nucléaire de Fessenheim – déjà Fessenheim ! Avec le temps son influence se perpétua aux USA où elle avait enseigné, tandis qu’en France son aura s’éteignit peu à peu. Elle entre en grand âge en colocation avec la solitude et s’éteignit le 3 août 2005.
La journaliste, romancière et essayiste Françoise d’Eaubonne était née le 12 mars 1920 à Paris. Elle se nommait Marie-Thérèse Piston d’Eaubonne et manqua de porter le nom de Jacques Aubenque, un ancien séminariste un peu escroc, collaborateur des premiers numéros de Confluence. Il avait épousé en juillet 1943 la jeune Françoise, qui… le plante là, le jour des noces, devant le portail de l’église. Elle n’est pas du genre à se laisser encager, même si c’est avec Aubenque qu’elle a publié ses premiers poèmes, ses premiers articles. Elle avait toutefois remporté en 1933 un concours de la maison Denoël avec une nouvelle. Elle ne s’arrêtera plus. Sa bibliographie compte plus de quatre-vingts livres.
Parmi ceux-ci, il y a les volumes de la « Bibliothèque verte » qui ont si fort marqué Marie Desplechin. L’Amazone bleue (Hachette, 1962) en particulier que cette dernière découvre toute jeunette à la bibliothèque municipale de Roubaix : « des histoires conduites à fond de train de jeunes gens très nobles, très beaux, très pris dans des guerres où ils se montrent loyaux, courageux, héroïques, historiques et finalement super sexy. Je suis raide amoureuse de tout le monde, surtout des filles, Corysande, Athénaïs, Virginie. Rien à voir avec les héroïnes nunuches ou sacrifiées des autres bouquins. Elles, elles sont sublimes. » Mais l’admiratrice est bien dépitée lorsqu’elle interroge Françoise d’Eaubonne à propos de ses livres pour enfants : « ces livres-là… Non. Ça ne vaut rien. Je les ai écrits parce que je crevais de faim. » La vie n’est pas facile pour une femme indépendante qui se trouve être, cependant, une romancière suivie.
En 1944, d’Eaubonne avait publié son premier roman, Le Cœur de Watteau (Julliard), puis enchaîné avec le remarqué Comme un vol de Gerfauts et, en 1949, avec sa célèbre et Indomptable Murcie, première des biographies romanesques qui feront son succès. Le roman raconte la lutte des partisans espagnols du XIXe siècle contre l’armée napoléonienne puis contre celle de Ferdinand VII. Sa mère, Rosita Martinez y Franco la rattachait à l’Espagne et à son premier métier d’institutrice. Elle aura aussi la fibre autobiographique avec Le Quadrille des matamores et Chienne de jeunesse où elle relate le Toulouse de ses 16 ans, le début de la guerre d’Espagne et les figures des réfugiés politiques et des jeunes gens gorgés d’idées nobles et généreuses… Elle donne aussi la version imprimée de J’irai cracher sur vos tombes et une foule d’autres choses.
Les idées et le combat, c’est ce qui aura toujours mobilisé Françoise d’Eaubonne. Tandis qu’elle participe au premier volume de la collection « Nouvelles » dirigée par Françoise Mallet-Joris (1957) aux côtés de Henry De Monfreid, de Francis Garnung ou de Maurice Pons, elle milite – plus pour le PC qu’elle a quitté en 1956 mais pour les femmes. Son premier essai féministe date de 1951, c’est Le Complexe de Diane, érotisme et ou féminisme, un livre destiné à répondre aux zoïles de Beauvoir.
Le Féminisme ou la mort (Pierre Horay) avait-elle décrété en 1974. Elle pousse par exemple sa réflexion jusqu’à la création de la notion d’écoféminisme, en considérant que tout le mal vient du patriarcat et du capitalisme, les deux fléaux qui ne se déplacent pas sans surpopulation et agriculture intensive. En rendant le pouvoir aux femmes, tout s’arrangera, plaide-t-elle, et l’on n’est pas obligé de penser qu’elle a raison. Cependant, on se devrait de lire Le Satellite de l’amande (Des Femmes, 1975), un roman de science-fiction du XXIe siècle où les mâles ne sont plus nécessaires pour la procréation (ectogenèse), et puis Terrorist’s blues, roman de la contre-violence qui démontre que Françoise d’Eaubonne ne fut jamais bien-pensante, notamment quand elle s’autoéditait à sa propre marque des Éditions Samizdat (Floralies du désert, 1995) : l’insoumise était restée sans entraves.

Éric Dussert

Portrait d’une anartiste Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°208 , novembre 2019.
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