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Domaine étranger Miscellanées

février 2020 | Le Matricule des Anges n°210 | par Christine Plantec

Un recueil d’inédits de Katherine Mansfield qui change le regard que l’on porte sur l’écrivaine en faisant apparaître toute la vigueur de son esthétisme, toute la puissance de sa modernité.

Le Pin, les moineaux, et toi et moi

D’où vient que lorsqu’on pense à Katherine Mansfield, l’esprit immédiatement l’associe à Virginia Woolf, laquelle disait n’être jalouse de personne sinon de cette auteure ? À quoi tient cette injustice de l’histoire littéraire qui, au regard du panthéon britannique des auteurs modernistes, considère Mansfield comme mineure alors que James Joyce ou D.H Lawrence l’envisageaient comme une pionnière ? Disparue trop tôt – elle meurt en 1923 de tuberculose à l’âge de 35 ans –, elle n’a pas pu œuvrer à sa postérité et s’il n’y avait eu la publication posthume de ses nombreux écrits (nouvelles, poésies, essais, journal), nous n’aurions d’elle que quel- ques nouvelles.
Esprit terriblement sensible, l’écrivaine anglaise d’origine néo-zélandaise fait très tôt l’expérience de la fracture entre deux continents, deux cultures, deux manières d’être au monde. Pour autant, le portrait de Mansfield en artiste tourmentée a largement contribué à occulter ce qui fonde la singularité de son œuvre. Mais qui était donc Katherine Mansfield ? C’est à cette question que répond le présent ouvrage. Il réunit trente-deux nouvelles inédites, ainsi qu’en annexe trois textes de Mansfield enfant.
Écrites entre 1903 et 1917, ces short stories sont d’une liberté incroyablement féconde. La nouvelle est un laboratoire où s’élaborent des formes : récit à la troisième personne, forme dialogique comme au théâtre, monologue intérieur ou succession de paroles rapportées produisent sur le lecteur l’effet d’une volière pépiante. La brièveté des textes sied bien à l’art de l’ellipse car sous le voile des conventions sociales et des attitudes attendues pointent l’agressivité, l’envie, la frustration, l’ennui. L’observation attentionnée se fait loupe puis percée vive, à l’instar de la narratrice baudelairienne de « Silhouettes » qui regarde la ville depuis sa fenêtre  : « Et moi, en me penchant à ma fenêtre, seule, à scruter les ténèbres, je suis saisie d’un désir passionné pour tout ce qui est caché et interdit. Je veux que la nuit vienne, et m’embrasse de sa bouche brûlante, et me fasse traverser un crépuscule améthyste jusqu’à l’endroit du gardénia blanc… »
Mais cette érotique du regard n’est pas réductible à l’effraction et au plaisir coupable ; regarder peut aussi consister à se faire peur, cristalliser son attention sur le déclin silencieux du vivant et tenter par les mots d’en peindre le passage : « C’est une sensation qui jamais ne peut s’oublier, s’asseoir en solitude, dans une semi-obscurité et observer la lente, douce, ombreuse mort d’une Rose », « Étude : la mort d’une Rose » (1908). Quelques lignes économes, d’une efficacité magnétique tentent d’approcher ce qui se dérobe. La mort de la phalène, texte posthume de Woolf publié en 1942 semble soudain en être sinon la réécriture du moins le prolongement esthétique en ce que dénuée d’intrigue, la nouvelle décrit les derniers instants d’un papillon alors que de l’autre côté de la vitre la nature resplendit.
L’écriture moderniste de Mansfield, c’est aussi faire l’expérience du temps sous l’angle de la durée en un tressage de temporalités intérieures qui diffractent les relations entre les êtres tout autant que l’espace du texte. « Au club » en est l’illustration savoureuse.
Mais pour Mansfield, dont l’hagiographie a eu tendance à privilégier les penchants lyriques et exaltés, la nouvelle est aussi le lieu d’une satire délicate et néanmoins affirmée. Dans la très belle postface au recueil, Anne Besnault précise que « derrière la variété des voix rapportées et de leur origine sociale, ce sont des présupposés et des convictions renvoyant au champ du politique et de l’idéologie qui sont démasqués ». Ainsi la question coloniale « Dans les jardins botaniques » où la coexistence des parterres rectilignes et de la terre ocre du bush dit la domination britannique. Or la place de Mansfield dans l’univers littéraire est dans ce même entre-deux. Ni tout à fait anglaise, ni tout à fait autre.

Christine Plantec

Le Pin, les moineaux, et toi et moi,
Katherine Mansfield
Traduit de l’anglais par Marie-Odile Probst,
Les éditions du Chemin de fer,
280 pages, 23

Miscellanées Par Christine Plantec
Le Matricule des Anges n°210 , février 2020.
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