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Poésie Chroniques de l’immédiat

mars 2020 | Le Matricule des Anges n°211 | par Richard Blin

Entre géographie mentale, humour organique et décharges d’images instantanées, la poésie funiculaire de Matthieu Messagier vise les étoiles pour mieux faire rempart à l’arrogance des mélancolies.

Dernières poésies immédiates

Tout en parades sauvages et hautes hardiesses, outrances syncopées et pudeur de paradis, la poésie de Matthieu Messagier. Installée dans le paysage poétique français depuis le début des années 1970 – Messagier est l’un des cosignataires (aux côtés de Michel Bulteau, Zéno Bianu, Jacques Ferry, Jean-Jacques Faussot…) du Manifeste électrique aux paupières de jupes –, elle est polyphonie de sensations et de virtualités qui ne se dénouent pas, télescopages de mots, de sons montant à l’assaut des signes d’un réel bien souvent insaisissable. Décalée, déroutante, elle progresse par collisions sonores, agglutination de mots, accointances sémantiques, aimantations phoniques, ellipses et résonances.
Avec une grande liberté de ton, de forme, d’inspiration, elle ne cesse d’activer le lexique, d’obéir à des découpages qui s’éloignent fréquemment des articulations naturelles. Torsions, distorsion, déconstructions syntaxiques participent d’un travail de dénaturalisation de la langue, qui relève d’une forme souveraine d’indifférence au sens. Et ce au profit d’incursions dans les discordances ou la vitalité multiforme d’une réalité approchée dans son épaisseur, ses différents niveaux d’être, sa primitive touffeur. « La neige emprunte des yeux fermés. / Elle externe la sensation du logis / et ses nerfs ont la faculté de se / dénouer jusqu’aux portées silencieuses / du chant des merles à venir. / On peut la sentir jusqu’au tréfonds / de ses gants d’enfance assoiffés / de retour à la maison. / Elle emphase les pelles et appelle / les préaux des lycées à plus / de solitudes versifiées encore. »
Poreuse aux mystères d’un monde où tout circule, la poésie de Matthieu Messagier colle à merveille à la définition que donnait du réel, Jacques Lacan : « Le réel commence là où le sens s’arrête. » Car c’est bien de ce réel-là que nous entretiennent les Dernières poésies immédiates. Mais qui parle ? Est-ce le poète lui-même ou est-ce que ça parle indépendamment de lui ? André Breton, dans le Premier manifeste du surréalisme, recommandait la spontanéité du geste, l’écriture d’un seul jet, hors de toutes contraintes. « Ecrivez vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas retenir et ne pas être tenté de vous relire. » Matthieu Messsagier a manifestement retenu la leçon. Bien des poèmes semblent écrits d’un trait, directement. Une vitesse qui pulvérise l’immédiateté d’un sens univoque au profit d’un kaléidoscope de sensations. Celles qui donnent squelette, chair et relief à l’instant, au présent qui s’offre « ouvert comme / un cadeau de tumultes assortis ». Une vie palpite dans ces colportages d’intensités, dans ces échappées vers l’inconnu qui vagabonde, celui que cherchent à cerner les génitifs saugrenus et le baroque syntaxique. « Les sérieux nous ennuient et doivent céder / les places aux vues réelles et physiques de / cet instant pour tous celui qui tient / les sens entrés dans la sensation. »
C’est que l’énoncé poétique ne demande pas à être compris mais à être éprouvé, dans ses fausses certitudes, sa force de dérèglement, ses contradictions, sa langue désarticulée. « La poésie ce n’est pas les apparences / mais ce n’est pas l’invisible non plus. » Ce serait plutôt, chez Messagier, de l’avant-pensée. En effet, toutes ces présences non médiatisées qui font saillance, imposent leur état fluctuant, semblent parvenir du « tréfonds de l’avant-pensée c’est à / dire du tréfonds de la poésie ». Ce qui vient, ce qui se constitue dans le ressenti et le sentiment des choses, ce qui fait poème au fil d’une parole qui cascade en oubliant de signifier quelque chose, c’est de l’avant-poésie. « L’Avant-Poésie s’amuse des tentatives / des mots à vouloir lui trouver / une raison d’être / (le poème autorise la connaissance / pas l’inverse) »
Rien d’étonnant alors, à lire cet aveu : « J’ai toujours dit que j’écrivais pour les étoiles / et c’est de plus en plus vrai. » On peut croire Matthieu Messagier tant ses poèmes s’échinent à finir ce qui n’a jamais commencé, à faire entendre la dimension transcendantale de l’ordinaire, à dire les réalités nerveuses du monde, à les éprouver jusqu’à ces extrêmes qui laissent désemparé : « Je me sens parfois comme une exuvie / oubliée là par ses poèmes. » Persuadé que les idées n’existent pas et que la pensée s’ouvre comme un espace sans fond, toujours à explorer, Matthieu Messagier assume : « La vraie poésie est une délinquance aboutie, / menée à son terme, à sa disparition. » Richard Blin

Dernières poésies immédiates, de Matthieu Messagier
Flammarion, 160 pages, 17

Chroniques de l’immédiat Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°211 , mars 2020.
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