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Domaine étranger La foudre et l’azur

juillet 2020 | Le Matricule des Anges n°215 | par Richard Blin

Synthèse de dix ans d’amour pour un faucon, Le Pèlerin est le journal d’un poète du regard et d’un chasseur d’images qui se fait le pèlerin d’un voyage dans le mode d’être d’un oiseau solaire.

Un homme, un solitaire, un pisteur, un sauvage – « Me sentir perdu, ne fût-ce que quelques instants, cela me délivrait des entraves que sont les routes familières et les murs emprisonnants des villes » – écrit son journal. Un journal qui ne ressemble à nul autre, qui n’est qu’attention, vigilance et guet. C’est la description, le récit d’une poursuite, d’une quête dont le Graal est un oiseau de proie, le faucon pèlerin, aux mœurs si farouches que la distance qui le sépare de l’homme apparaît comme infranchissable.
C’est pourtant cette distance que John Alec Baker (1926-1987) s’est mis en tête de réduire. S’il reconnaît que l’amour des oiseaux lui vint tard – il s’est d’abord intéressé à l’engoulevent puis aux éperviers. « Les éperviers m’ont toujours hanté à l’heure du crépuscule, comme des mots qu’on a sur la langue et dont on ne se souvient pas tout à fait. » – c’est le faucon pèlerin qui va devenir l’objet de sa passion. « Je passai dix hivers à guetter l’incomparable splendeur, la passion et la violence que déploie le faucon pèlerin en jaillissant du ciel, ancre mordant les nuages, arbalète lancée en l’air. » Le premier lui apparut sur l’estuaire de la Tamise, proche de son domicile, une région de collines dominant le fleuve, une terre palpitante et grouillante d’oiseaux dont il parcourt les marais et les bois à la poursuite du faucon.
Muni de ses jumelles, à travers les champs, dans la boue, en trébuchant, à quatre pattes ou en s’enfonçant dans la vase, il le guette, le suit, l’observe, toujours seul, et en partageant la peur du faucon. « La peur, voilà le lien le plus important. » Une traque qui donne à chaque instant « l’intensité vibrante d’une flèche qui entre dans un arbre », développe un sens très vif de l’espace – «  Les directions prennent des couleurs et des formes » – et conduit à ressentir le poids de l’air.
Dans ce poème à la gloire du faucon, le guetteur consigne jour après jour – du 1er octobre au 4 avril – ce qu’il est parvenu à surprendre de ses faits et gestes. On sait tout de son apparence physique – « bâti pour chasser et tuer des oiseaux en plein vol » –, de la façon dont il occupe ses journées, commençant par un bain, puis se séchant et lissant ses plumes pendant deux heures, dormant un peu, jouant ensuite avec d’autres oiseaux avant de se mettre lentement, implacablement, à la chasse. « L’émotion que procure la vue d’un pèlerin qui s’abat sur sa proie n’entre pas dans le domaine des statistiques. » Une proie – ramier, mouette, vanneau, canard… – soigneusement plumée et mangée. Mais rien n’égale le plaisir de le voir voler, enfourchant le vent, effectuant ses « huit » compliqués et vertigineux ou son « monstrueux » vol piqué. Un jour, enthousiasmé par sa façon de maîtriser le vent hurlant, et par la puissance de son vol, Baker dit s’être mis « à pousser des cris et à danser comme un fou ».
Car outre tout ce qui lie l’oiseau, le guetteur et les paysages mouillés, embrumés ou hivernaux où ils évoluent, ce sont ses émotions et son comportement qu’enregistre l’auteur. Son vague sentiment d’insécurité à l’approche du faucon, ses sensations – « Un oiseau tué par le faucon a la tiédeur des cendres d’un feu éteint » –, son exaltation : « Vous ne pouvez pas savoir au juste ce qu’est la liberté si vous n’avez jamais vu un pèlerin s’élancer dans la tiédeur d’un ciel printanier pour parcourir à volonté toutes les fabuleuses provinces de lumière. » Et puis il y a la tentation-sensation, amoureusement ressentie, de devenir faucon sans cesser d’être ce qu’on est. S’il imagine qu’aux yeux du rapace, il doit passer pour « une sorte de faucon infirme peut-être, incapable de voler ou de tuer comme il faut », il se met parfois à adopter, inconsciemment, les gestes du faucon. Jusqu’à, devant les restes d’une mouette encore humide et saignante, se sentir attiré. « Ce qui restait dégageait un parfum frais et doucereux, mélange de bœuf cru et d’ananas. C’était très appétissant et ne sentait ni le rance ni le poisson. J’en aurais mangé moi-même si j’avais eu faim. » Et jusqu’à s‘identifier : « Nous menons tous deux la même vie d’extase et de crainte. Nous fuyons les hommes. Nous haïssons l’agitation de leurs bras, la démence et la brusquerie de leurs gestes, leur démarche inégale et tranchante, leurs allées et venues sans but, la blancheur sépulcrale de leurs visages. » C’est qu’un lien impalpable, indéfinissable s’est créé entre eux sans qu’ils n’entrent jamais en contact autrement que par ce qu’ils percevaient. Et c’est ce tressage de visible et de caché, de perçu et d’inventé, qui rend ce livre unique et fascinant.

Richard Blin

Le Pèlerin, de John Alec Baker
Traduit de l’anglais par Elisabeth Gaspar
Corti, 238 pages, 18,50

La foudre et l’azur Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°215 , juillet 2020.
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