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Poésie Plan séquence minimal

juillet 2020 | Le Matricule des Anges n°215 | par Emmanuel Laugier

Deuxième opus de Sarah Plimpton, Ciels singuliers scrute les aplats insaisissables de l’espace autant que ce qui fait barrage au regard. Une voix à l’os.

Ciels Singuliers / Single Skies

L’Autre Soleil (Le Cormier, 2009), premier livre de Sarah Plimpton (née dans les années 40 à New York) en français, dont chaque section fut traduite par six traducteurs différents (entre autres par André du Bouchet), donnait déjà le ton de cette poésie, qui emprunte à l’héritage de l’objectivisme américain la voie de la sobriété, de l’allusion et de la description : « la lumière/ torse/en /tête /s’est nouée/ derrière l’œil/ son tranchant flou/ happe au soleil/ l’air océan bleu  » (trad. J.-B. de Seynes). Poésie à l’économie minimale, dénuée de toute volonté de faire image, métonymie comprise, se refusant à l’usage du génitif, ce qui s’écrit sur la page suit ce qui est vu par le sujet qui observe. Une micro-focale ouvre en chacun des poèmes un champ de perception, assez commun pour être l’expérience de tous : « ton visage/ ouvert dans l’air nuiteux/ vers la lueur matinale/ dehors la fenêtre debout où je me tenais/ se couvrait de blanc/ les pierres sur la route/ roulant sous mon pied/ la poussière/ où le ciel s’est réfugié ». Rien n’est souligné, la disposition d’un corps visuel compte par la façon dont il est déposé, comme à l’endroit le plus discret d’une pièce. En dehors de quelques poèmes plus amples (exclusivement ponctués), qui déplacent et organisent encore autrement la lecture, le squelette de chaque poème est une carcasse maigre tenant dans l’espace de quelques strophes. L’os (bone) revient souvent, il fait motif mouvant d’une douleur sans sujet : raclé, cassé, tenu, fin comme celui d’une patte d’oiseau, il est l’un des pivots qui pudiquement articule une voix peut-être tue. Le poème est son endroit insoupçonnable et son chant tacite.
Tout le tact de cette poésie consiste pourtant à ne pas hésiter de trancher, c’est-à-dire à cadrer ce qui advient à la surface du visible, sans que jamais ne se glisse une quelconque trace de forçage, ou même de symbolisme. Bernard Noël utilisait l’image très palpable de la construction d’une pièce pour dire la fabrique du poème et celui du livre de poésie. On pourrait l’attribuer à ceux de Sarah Plimpton tant ses poèmes en ont la même netteté visuelle et spatiale : « Le ciel d’un jour singulier retiré de l’os/ Le regard appuyé sur le froid de la fenêtre perd prise/ Ébauché sur le mur peint/ Fêlé, le ciel, ouvert, saisissant ton soleil et brûlant plus/ rouge en soirée/ Froid grâce aux ciels d’hiver s’inclinant/ S’étendant sur des nuages noircis poussés dans l’orage/ S’étant ouverts aux pluies glacées/ Les cent pas dans ces pièces déjà contre leurs portes/ Plus loin de plus sombres soleils sur la route/ Je t’ai offert des fleurs d’acier fêlées par le coup de pelle pénétrant la glace ». Le heurt et la douceur s’entremêlent, les routes serpentent souvent, elles se glissent comme des couleuvres lentes, quelqu’un observe, de loin, tout est vu et s’ouvre avec. Si on ne sait qui avance dans ces pas, l’observateur ou l’observé, seule la matière même de la durée se meut, presque imperceptiblement : « Des alignements de fleurs des champs relégués dans/ l’herbe le long de la route./ Repoussés du pied dans le miroir. Riant dehors depuis le/ revers de la vitre./ Le vent à découvert, là où autrefois le soleil fut./ La route tortueuse de biais dans le ciel, qui marche au/ bord de la colline. »
La série des poèmes amples, on l’a dit, se distingue par un usage de la ponctuation que la plupart des poèmes suspendent. L’inflexion de la voix y change ; comme si elle tenait à marquer l’avancée, à ponctuer le déplacement de la perception d’une autre échelle. Que voit-on dans le poème ponctué/non-ponctué ? sinon que la ponctuation attire une seconde fois l’œil et distribue encore une autre énergie à la page. La question s’est posée depuis l’italique que choisit Anne-Marie Albiach pour titrer la lettre E de son livre État (1971). Et d’y poser la question de l’imprononçable dans la matière du mot lui-même, comme Sarah Plimpton le fait elle aussi à sa façon : une simple lettre suffisant à « consume(r)
le noyau du jour ».

Emmanuel Laugier

Ciels singuliers / Single Skies (bilingue), de Sarah Plimpton
Traduit de l’américain et préfacé par Mathieu Nuss,
Éditions du Cormier, 76 pages, 16

Plan séquence minimal Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°215 , juillet 2020.
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