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Domaine étranger Camarades, toujours

septembre 2020 | Le Matricule des Anges n°216 | par Martine Laval

Face aux mensonges d’État, l’écrivain italien revendique ses années de militantisme révolutionnaire. Une écriture sous haute tension.

Il lit des vieux livres parce que « les pages tournées de nombreuses fois et marquées par les doigts ont plus de poids pour les yeux, parce que chaque exemplaire d’un livre peut appartenir à plusieurs vies. » Erri De Luca écrit cela dans Trois chevaux, en 1999, juste avant que ne s’achève ce XXe siècle qu’il maudit tant pour ses guerres. Il ajoute : « Les livres devraient mourir n’importe comment sauf d’ennui et de propriété privée, condamnée à vie à l’étagère. » Gageons que son nouvel ouvrage sera de cette trempe des livres libres, des livres qui vont et viennent, et finalement restent non pas seulement dans la mémoire mais bien au chaud, en plein cœur. Après Le Tour de l’oie (2019), lettre à un fils qu’il n’a pas eu, l’écrivain italien récidive dans le récit de soi habillé de fiction et offre mieux qu’un héritage ou qu’un testament : une manière nette et franche de confirmer un serment à la loyauté et à la fraternité. À 70 ans, sans aucun reniement de sa jeunesse combattante, Erri De Luca revendique son engagement militant, affirme toujours son appartenance à « une génération qui a agi au nom du collectif », à une génération « politique » pour qui « le communisme ? Ce n’est pas une question, c’est une réponse » ou encore « le communisme est une fraternité ». Impossible, nouveau « roman » inflexible comme un pic de haute montagne, met en branle une correspondance et un dialogue, deux sortes de récit, pour un même narrateur, un Erri De Luca puissance mille, irréductible. Soit un homme suspecté d’avoir éliminé un ancien camarade, celui-là même qui quarante ans plus tôt le livra à la police ainsi que tous ses compagnons de révolution – procès, emprisonnement et tutti quanti. Placé en isolement dans une cellule où sa raison reste libre, le suspect écrit à la femme aimée des lettres d’amour passionnées, parfois naïves de tendresse, et lui confie par la même occasion ce que la vie signifie pour lui, son passé, ces années de tumulte politique. Autre narration, le face-à-face avec un jeune juge qui ne connaît guère cette période électrique. S’ensuit une joute aussi politique que philosophique sur le sens de la responsabilité, de la trahison et une fois encore de la fraternité. L’écrivain défie une fois de plus l’État italien, la justice inébranlable à ses ordres, et la police aux archives immenses : « Là-dedans, nous sommes ineffaçables, à perpétuité. » Et pour ceux qui auraient oublié ce morceau d’histoire contemporaine, il précise : « En tant que participant à une organisation armée j’ai été condamné comme responsable de toutes les actions, y compris celles où je n’étais pas présent. »
Erri De Luca se fait didactique dans ses moindres pensées, met tous ses engagements sur la page. Les énoncer, les écrire, les répéter afin que ne meurent jamais ses idéaux de solidarité. Si dans ce texte gronde de la ferveur, et parfois même une sorte de rage sourde, jamais jamais l’écrivain ne cède à la haine ou au mépris. « Celui qui a commis une trahison s’est trahi aussi lui-même. » Puissent ces mots résonner au-delà des temps et des frontières.

Martine Laval

Impossible
Erri De Luca
Traduit de l’italien par Danièle Valin,
Gallimard, 172 pages, 16,50

Camarades, toujours Par Martine Laval
Le Matricule des Anges n°216 , septembre 2020.
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