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Dossier Gabrielle Wittkop
La robe pékinée

novembre 2020 | Le Matricule des Anges n°218

Discrète à l’excès sur ses aventures littéraires antérieures à la parution du Nécrophile, Gabrielle Wittkop avait toutefois confessé dans son entretien de 1996 la publication de plusieurs textes courts dans la presse, sous son nom de jeune fille : Gabrielle Ménardeau. En voici un, le premier repéré à ce jour, paru dans Claudine (n°17) à la date du 31 octobre 1945. Un semestre plus tard, une deuxième nouvelle paraîtra dans le même magazine féminin (n°43, 1er mai 1946), « Missié Gouve’neu’ », où se révèle la malice d’une femme sans éducation.

Mademoiselle Prudence retira ses lunettes de fer et passa les doigts sur ses paupières flétries. Son long visage de chèvre anémique, son cou dont l’âge avait fait un paquet de cordes s’ourlaient des dernières lueurs du jour. La pendule désuète sonna six heures sous son globe de verre, d’une voix grêle de serinette. La chambre était froide et toute petite avec son lit de fer à boules de cuivre et ses rideaux d’andrinople fané. Des coquetiers de bazar et des biscuits poussiéreux envahissaient une grande commode de cerisier à pendeloques de bronze jaune. Un mannequin de couturière occupait l’angle de la cheminée près d’une malle d’osier pleine de linge à raccommoder.

Depuis quarante-deux ans, Mlle Prudence habitait cette chambre dont la fenêtre basse s’ouvrait sur le potager. Les domestiques avaient des pièces plus riantes avec des divans de cretonne et des photos de magazine au mur. Mais Mlle Prudence n’était pas une domestique. Elle n’était pas gouvernante non plus et sa parenté avec la famille était si lointaine qu’on l’avait oubliée. Elle faisait la couture, cuisinait les petits plats de choix et vérifiait, le soir, la fermeture des issues, marchant d’un pas discret à travers la grande maison, un trousseau de clefs tintinnabulant sur son tablier de lustrine. C’était Mlle Prudence ! Une sorte de dieu lare silencieux et utile auquel on montait ses repas sur un plateau sans nappe.

Elle se leva lentement comme un insecte qui se déplie après avoir dormi, croisa sur son buste d’androgyne les deux pointes de son châle reprisé, puis ayant plié son ouvrage, elle se dirigea vers la porte. Le couloir obscur avala son ombre falote. Une odeur de pommes et de vieux papier l’enveloppa à l’entrée des greniers. C’était une senteur familière, vaguement amie, Mlle Prudence se dirigeait dans l’ombre avec la merveilleuse clairvoyance d’un aveugle dans un lieu connu. Les lucarnes dessinaient çà et là de vagues rectangles de crépuscule. Les pièces de linge séchant sur des fils semblaient des fantômes, de blancs suicidés frémissants au moindre souffle d’air, dansant au galop des souris.

[…] Mlle Prudence déplia la robe dans un bruit de feuilles sèches, puis, assise dans l’ombre, la posa sur ses genoux. Jamais elle n’avait osé la mettre ; l’emporter dans sa chambre lui eût semblé une chose monstrueuse. Non, la robe était faite seulement pour être caressée, palpée par ses mains tremblantes. Dans l’ombre amie du vieux grenier, la robe racontait des choses… elle évoquait ce qui n’avait jamais été…
Sous de grands marronniers portant leurs cystes comme des flambeaux, Mlle Prudence se voyait jeune, vêtue de cette robe qu’elle n’avait jamais portée. Un grand chapeau ombrait son visage étroit et tout illuminé de joie. De la pointe d’une petite ombrelle à bavolets, elle faisait rouler les cailloux des allées. Elle portait des bottines mordorées, de longs gants à jours. Près d’elle marchait un jeune homme, un jeune homme qui...

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