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Domaine français Mémoires créoles

novembre 2020 | Le Matricule des Anges n°218

En brefs instantanés, Philippe Annocque reconstruit l’enfance antillaise de sa mère, « mulâtresse blanche ».

Une créolité délavée », c’est ainsi que l’auteur décrit ses origines, ou si ce n’est les siennes, celles de sa mère, qui sont forcément, par ricochet, les siennes aussi. Des origines à mi-chemin du blanc et du noir qui commencent en Guyane et se poursuivent en Martinique.
Les singes rouges du titre sont des singes peut-être hurleurs dont on peut deviner la présence là-bas, tout près et tellement loin, « sur l’autre rive » du fleuve, dans la forêt – tropicale, guyanaise – ; des singes dont le nom n’est sans doute pas le bon, mais qu’importe car c’est celui que leur donne le souvenir maternel tel que raconté par l’écrivain, le fils, qui est là dans le récit sans y être exactement, parlant de lui-même à la première mais surtout à la troisième personne, car ce n’est pas de lui qu’il s’agit, mais de sa mère, même si c’est lui, forcément, qui parle. Ces singes sont la métonymie d’un récit fragmenté comme le souvenir d’une enfance mythique, peuplée de serpents, d’écoles en terre battue livrées aux éléments et aux bonnes sœurs malveillantes. Une enfance aussi concrète qu’irréelle comme l’est toujours la mémoire familiale qui est en nous sans y être car, après tout, on ne l’a pas vécue.
Les souvenirs d’enfance de sa mère sont pleins de tantes, d’oncles et de cousins qui, vus d’ici, vus de la France métropolitaine contemporaine, sont étranges, un peu décalés. On dirait les personnages d’un roman de Raphaël Confiant ; bref, d’un roman antillais. Pourtant, Les Singes rouges n’est pas un roman et n’est pas non plus un témoignage, c’est un objet littéraire qui s’intéresse aux bribes du passé pour s’interroger sur l’identité familiale et personnelle, mais aussi, comme toujours chez Annocque, sur l’identité de l’écrivain, de celui qui parle. Il ne faut pas s’étonner, alors, qu’il nous dise que les gens de sa famille, tous ces oncles et tantes surgis d’un passé éloigné dans le temps et l’espace, ne portaient pas, comme les singes du titre, leurs vrais prénoms, mais d’autres qu’ils se choisissaient ou que l’on choisissait pour eux : « Se servir d’un autre prénom que le prénom officiel, c’était courant à l’époque. Il semblerait que ce soit un héritage inconscient de pratiques magiques ; on pourrait jeter un sort grâce au prénom, le quimbois est resté vivace longtemps aux Antilles. »
Et puis ce passé, c’est encore les accents, les voix créoles, un autre signe d’identité flottant pour le fils qui n’en a pas de tels dans son répertoire : « Il a les voix, les accents dans la tête. Bien sûr il ne peut pas les reproduire par écrit mais même à l’oral, il ne saurait pas bien le faire. C’est peut-être là, entre cette capacité à entendre et cette incapacité à reproduire que quelque chose se joue. Mais il ne faut pas lui demander quoi. » On aurait envie de se hasarder à répondre pour lui (c’est peut-être une des fonctions de la critique) : ce qui se joue, bien entendu, c’est la littérature quand elle prend le souvenir pour ce qu’il est : une passoire où les trous comptent autant que le peu qu’elle parvient à retenir.
Annocque évoque un monde ancien – la Martinique des années 30, 40 – qui nous semble plein de couleur locale, avec sa vie modeste, sa toponymie extravagante, sa faune et sa flore, sa religiosité, son histoire qui porte les traces de l’esclavage, sa « société très cloisonnée », mais non car l’auteur « recopie les mots de sa mère. Il aurait des scrupules à les changer. Il sait que le cliché n’en est pas un. Ça, il faut qu’il le précise parce qu’un lecteur pourrait le croire : le cliché n’en est pas un. Pas du tout ». Pas de couleur locale ni de cliché, car ce n’est pas non plus d’un livre de voyage qu’il s’agit, mais de mettre le doigt, avec justesse, avec sensibilité, sur la fragilité du souvenir.

Guillaume Contré

Les Singes rouges
Philippe Annocque
Quidam, 172 pages, 18

Mémoires créoles
Le Matricule des Anges n°218 , novembre 2020.
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