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Égarés, oubliés Des dangers du tourisme

novembre 2020 | Le Matricule des Anges n°218 | par Éric Dussert

Bien connu de Walter Benjamin et de Gabrielle Wittkop, Max Dauthendey connut le sort très exotique d’un bohème de Java, à son corps défendant.

On l’a surnommé le Gauguin allemand car Max Dauthendey était allé se perdre à Java. Précisément, il y était resté attrapé par les effets diplomatiques du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Sa présence en ces pages n’est pas tout à fait hasardeuse car Gabrielle Wittkop fut sa lectrice attentive, comme en témoignent ses Carnets d’Asie (Verticales, 2010), et en particulier de son voyage en Asie qu’elle cite au passage sans toutefois, à son habitude, préciser sa source – elle n’était pas du genre à ralentir la course de sa plume pour instruire les ignares dont nous sommes. Sachons-le désormais, Dauthendey fut un peintre, aquarelliste et dessinateur, doublé d’un poète et d’un romancier reconnu dans l’Allemagne du Kaiser.

Fils de la bohème allemande, bien né toutefois, il naquit le 25 juillet 1867 à Würzburg et n’aura laissé que deux occasions assez anciennes maintenant de se laisser lire en français. Ont été traduits Hommes de proie (1943) et Le Jardin sans saisons (1944) dont l’éditeur bruxellois La Toison d’or faisait la promotion dans le même encart publicitaire que la Conversation en Sicile de l’Italien Elio Vittorini et que le roman libertaire Max Havelaar du désormais célèbre Néerlandais Multatuli (Eduard Douwes Dekker). Dauthendrey était mort depuis lurette…

Coincé à Java sans un liard, l’artiste polygraphe avait disparu le 29 août 1918 à Malang, au moment où il allait pouvoir rentrer au pays. Sa situation javanaise avait été telle que Le Mercure de France l’avait évoquée en décembre 1914 : « La Poésie allemande et le blocus anglais. Paul Seippel, qui, dans le Journal de Genève, mène le bon combat francophile, a pris l’initiative d’une pétition auprès du gouvernement anglais, signée par un grand nombre d’écrivains romands, en faveur d’un beau poète allemand, Max Dauthendey. Tombé gravement malade au cours d’un voyage à Sumatra, Max Dauthendey put parvenir à Garoët, dans l’île de Java, qui jouit d’un climat plus sain. Mais, dit la pétition, seul le retour auprès des siens pourra lui permettre de se rétablir. Avec de moins bonnes raisons peut-être, un sauf-conduit fut bien, il y a quelques mois, délivré au sieur Dernburg, il est donc possible que le gouvernement anglais accorde au poète cette même faveur réclamée pour lui par les écrivains suisses. » Albion resta insensible.
« Dans l’île de Ceylan, il y a un petit train qui grimpe, depuis tôt le matin jusque tard dans l’après-midi, reliant Colombo, située au bord de la mer, à Newara-Eliay, la dernière station perchée au plus haut des montagnes. Aux jardins de canneliers de Colombo, s’infléchissant vers la côte, succèdent les plantations de thé, masse touffue format amphithéâtre, et les rizières disposées en terrasse… » Dans un premier temps, c’est de l’Asie que Max Dauthendey pourrait espérer un retour d’attention avec les nouvelles de son Jardin sans saisons. En attendant une traduction de son voyage et de ses autres écrits, on les placerait tout à côté des écrits d’Isabelle Bird ou du Chinois Ai Wu dont les Souvenirs (Cultures et techniques, 2009) et La Vallée aux bananiers (1994) ont laissé un goût de trop peu. Pour Dauthendey, malgré le piège diplomatique, il est probable qu’« Il vivait à Colombo comme une mouche qui se nourrit de la douceur d’un papier gluant de sucre dont elle ne peut se détacher ». Mais on ignore si, à l’instar de ses personnages et de son propre « vitalisme panérotique », « Comme une panthère au pelage velouté, il se faufilait la nuit dans les maisons de joie, auprès des petites courtisanes parfumées à l’huile de girofle. » Ses fonds étaient plus que modestes et la maladie s’en mêlait…
L’Anne mondiale illustrée de 1914, éditée à Paris, signalait son art en termes laudateurs : « Un des écrivains les plus originaux et parfois des plus déconcertants : Max Dauthendey, qui s’est dépouillé notablement de son maniérisme initial et tend à une grande et forte sobriété, a donné un vaste roman biographique Der geist meines Vaters. Il se raconte et il raconte la vie de son père qui s’occupa beaucoup en Allemagne et en Russie d’essais de photo-chimie et de daguerréotypie. Dauthendey a composé, pour commémorer l’anniversaire de la catastrophe du Titanic, un poème : Die VniergangsUinde der Titanic, paru dans une collection de “feuilles volantes lyriques”. » C’est à propos des expériences photographiques de son père que l’on trouve le nom de Max Dauthendey sous la plume de Walter Benjamin. Les deux hommes s’estimaient. Benjamin rendit hommage du reste à L’Esprit de mon père (1912) dans sa « Petite histoire de la photographie » (Die literarische Welt, 1931). On pourrait ajouter qu’avec von Keyserling, le vagabond magnifique fut un inspirateur de son temps. Notamment son obsession de l’amour et de la sexualité – même si à l’instar de Wittkop il ne négligeait pas les signes de la mort, les tours funéraires de Bombay, le drame du Titanic ou « Le bon marché de la mort », titre d’une prose courte non traduite. Tout reste au fond à découvrir de ses visions colorées qui émurent tant de ses contemporains… « Les scribes des arbres sont les fourmis, les libellules, les abeilles, les oiseaux. Les scolytes et les vers d’écorce sont des compositeurs accordés qui travaillent dans leur langage le destin de l’arbre, sur l’écorce de l’écorce. » (Huit visages sur le lac Biwas, 1911).

Éric Dussert

Des dangers du tourisme Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°218 , novembre 2020.
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