La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Marcher à l’étoile

janvier 2021 | Le Matricule des Anges n°219

antoine choplin signe Un roman géographique, écrit dans une langue limpide, qui touche à l’universel.

Il y a parfois, entre deux écrivains, une complicité telle que lisant l’un on y retrouve l’écho de l’autre, un air de famille, tant ils avaient l’habitude de dialoguer dans la vie mais aussi par livres interposés. Ainsi d’Antoine Choplin et de Hubert Mingarelli, tous deux romanciers du paysage, Isérois amoureux de leurs montagnes, et amis. Si bien que ces deux-là avaient écrit un roman à quatre mains, L’Incendie. Et l’on se demande, en lisant Nord-Est, si Antoine n’y rend pas hommage à Hubert, disparu en janvier 2020, et qui en 2003 avait obtenu le prix Médicis avec Quatre soldats – l’histoire de quatre poilus de la Grande Guerre dont un qui écrit dans un carnet. Il y a également, au début de Nord-Est, quatre hommes. « Emmett, Jamarr et Saul ont décidé de partir avec Garri », ils quittent un camp sur lequel on ne sait rien. Lassés d’attendre des camions qui n’arrivent pas, ils laissent derrière eux « le plateau » pour tenter de franchir « la montagne » et gagner « les plaines », d’où la structure du roman en triptyque. Saul lui aussi écrit dans des carnets, de la poésie qui dans le camp a bien failli lui coûter la vie. En chemin, le groupe rencontrera Ruslan, et une jeune femme, Tayna. Ruslan, lui, reproduit sur des rouleaux les formes vues sur des « pétroglyphes » : « des figures, des signes, des dessins gravés sur les pierres »
Signes privés du sens, ou porteurs d’un sens perdu, les figures que Ruslan archive (« Toutes ces années, ils s’en sont pris aussi aux pétroglyphes », explique-t-il, et l’on suppose une guerre, ou une tyrannie), sont emblématiques de ce qui fait le charme et l’énigme de Nord-Est. À suivre, pas à pas, la rude marche de la petite troupe, le lecteur est en effet frappé par la simplicité des moyens employés par l’auteur, dans une narration composée de dialogues très épurés et de la description à main levée, à peine esquissée, des paysages, un peu à la façon d’un peintre chinois de montagnes et d’eaux. Presque rien ne se dit entre les rescapés du camp, sinon les paroles motivées par la seule nécessité du moment. Et pourtant, une densité de tous les instants nous intéresse à leur présent comme à leur devenir, aux relations entre eux, à tout ce que nous ne savons pas de ces hommes mais que nous pressentons, de liens, de souvenirs partagés, d’aveux affleurant de la pudeur. Tout au long de cette marche et de ses péripéties, nous les voyons prendre soin les uns des autres, s’entraider, mais aussi se jauger lorsque la belle Tayna se joint à eux.
Dans Nord-Est, à mesure que les hommes, et une femme, traversent une contrée sublimée par l’écriture minimaliste de Choplin, et qu’ils se parlent de leur fatigue, de la direction à prendre, de ce qu’ils trouvent en chemin, d’eux-mêmes aussi par de discrètes petites touches, une transparence advient, en témoignage de celle de l’air qu’ils respirent, de l’eau où ils se désaltèrent. Insensiblement, c’est le visible, devant quoi la parole est vaine, qui se montre. « Regarde le paysage. C’est la première fois qu’on le regarde vraiment, le paysage, depuis qu’on a quitté le camp. Alors tais-toi, et regarde le bien comme il faut ».
Antoine Choplin, au bout du compte, ne nous aura pas présenté un décor : il aura installé pour nous un monde où habiter. « Le ciel, la lumière, les montagnes au loin. Les rochers, les forêts, les traces de neige. L’horizon. Mais aussi le petit caillou que tu peux toucher du doigt, parce qu’il est juste à côté de toi. Les oiseaux ». Comme le dit pensivement Garri à Emmett : « Pas une chose plus qu’une autre. Tout cela ensemble  ».

Jérôme Delclos

Nord-Est
Antoine Choplin
La Fosse aux ours, 206 pages, 18

Marcher à l’étoile
Le Matricule des Anges n°219 , janvier 2021.
LMDA papier n°219
6.50 €
LMDA PDF n°219
4.00 €