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Domaine étranger Dans un écrin de poussière

janvier 2021 | Le Matricule des Anges n°219 | par Dominique Aussenac

Réédition du premier et très prégnant roman de Mènis Koumandarèas (1931-2014), figure des lettres helléniques.

La focale désigne la distance qui sépare un miroir de son foyer principal. Celle du monumental, autant par son œuvre que sa prestance et sa présence au monde, Mènis Koumandarèas surprend et émeut tout à la fois. Mâtinée de réalisme social, bien ancrée dans l’après-guerre (entre la fin de l’occupation nazie et celle de la dictature des Colonels), période trouble, violente, corrompue, mettant en scène des Grecs petits et moyens, révélant leurs difficultés quotidiennes à s’adapter à un monde nouveau, elle se montre capable de faire jaillir des escarbilles dorées, oniriques, nostalgiques, mélancoliques d’une intensité incroyable. Il y a dans cette manière de s’intéresser plus aux personnages qu’à l’intrigue quelque chose du Nouveau Roman. Koumandarèas décrit des nœuds de vie, ici une faillite, tout autour desquels les personnages entreprennent des circumambulations, tournant en rond de manière magico-nostalgique afin de reconvoquer le passé. Il fait d’Athènes où il est né en 1931 et ignoblement assassiné à 83 ans, une sorte de Carte du Tendre. Il y célèbre magnifiquement des lieux, rues, places, petits bistros, tavernes… Y inocule aussi un pessimisme désenchanté, le poids d’un fatum, déplorant l’érosion et la perte de la jeunesse, de la beauté, de l’innocence, des idéaux. Philosophe et juriste sans diplôme, il fut gratte-papier dans une compagnie d’assurances, puis journaliste, avant de se consacrer à l’écriture et à la traduction notamment des œuvres de Carson McCullers, Georg Büchner et Herman Melville. Accusé de publications obscènes, il fut convoqué par la junte militaire.
La Verrerie, publié en 1975, décrit le déclin d’une petite manufacture de lustres et autres objets en verre, située près d’une usine à gaz. Un quartier en transition : des activités ferment, des bâtiments s’éboulent, d’autres les remplacent. À l’image de ses occupants, véritables intermittents de la lecture qui apparaissent, disparaissent, tout au long du roman. Sa propriétaire, Bèba Tandès, une jeune femme débordant de vie, de désirs et de charme, en a hérité. Une énergie dévastatrice, à laisser choir le monde à ses pieds. Elle fera une fausse couche et ne pourra avoir d’enfant, avant de suivre un inconnu, nous laissant sans nouvelles un bon tiers du récit. Son mari dépressif, un astre noir, sensible et poussif passera les deux tiers du roman en maison de repos. Quant aux employés, Vassos et Spyros, des Laurel et Hardy d’essence purement grecque, l’un est obèse, l’autre très sec, médiocres et incompétents, mais tellement attachants, nous les croyons secrètement amoureux de Bèba. Ils ont dans la bouche la saveur de la vie passée et essayent quotidiennement d’en remâcher le goût mais n’en trouvent plus de nouveau. « Le même soir, les vieux garçons s’enfermèrent dans l’appartement de Malakatès, débouchèrent une bouteille de Boutari 1966, rescapée d’un premier de l’an, remplirent une assiette de sardines salées et d’olives de Lamia, ouvrirent une boîte de corned-beef, mirent la radio et, allongés sur le canapé, seule pièce de valeur achetée au marché aux puces de Monastiraki, se mirent à passer en revue les pages de leur existence. » Les autres protagonistes, beaucoup moins amènes, défilent en contrepoint accompagnant la déchéance de l’entreprise. Un militaire viril et macho jusqu’à la caricature, un ancien escroc dealer mué en entrepreneur véreux, un petit patron tout émoustillé, des banquiers, des huissiers, des infirmiers…
D’une écriture maîtrisée, aussi descriptive des lieux et des psychés qu’elliptique, La Verrerie est un roman projeté sur une toile par un vieux cinématographe. On y perçoit le ronron de la machine, un cliquètement régulier et devant les images, un poudroiement doré nous baigne, toute l’âme de Koumandarèas qui peu à peu se réanime.

Dominique Aussenac

La Verrerie
Mènis Koumandarèas
Traduit du grec par Marcel Durand,
Quidam éditeur, 158 pages, 16

Dans un écrin de poussière Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°219 , janvier 2021.
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