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Domaine français Chienne de vit

mars 2021 | Le Matricule des Anges n°221 | par Jérôme Delclos

Cynophilique, scabreuse, nocturne, la trilogie érotique de Léo Barthe alias Jacques Abeille reparaît en un volume.

De la vie d’une chienne

Toute bonne bibliothèque a son Enfer. On y conserve en hauteur – à cause des enfants – Le Cul de la femme de Pierre Louÿs, Le Château de Cène de Bernard Noël, les 120 Journées du Marquis. Si la place manque, le double rayonnage dissimulera, derrière Le Cycle des Contrées de Jacques Abeille, l’œuvre érotique de son « hyponyme » Léo Barthe, dont De la vie d’une chienne : trois « Histoires » (« de la bergère », « de la bonne », « de l’affranchie »), publiées séparément par Climats entre 2002 et 2006, et qu’aujourd’hui Le Tripode réunit judicieusement en un seul volume.
Les lecteurs, les lectrices des Contrées, trouveront à ce triptyque un air de famille avec les Chroniques scandaleuses de Terrèbre, paru sous le nom de Barthe mais qui appartient au cycle initié par Les Jardins statuaires. Certes, la solution de continuité entre les deux noms de l’auteur est sans doute moins apparente dans la trilogie que dans les Chroniques. Toutefois, la structure narrative y est typique de celle récurrente des Contrées. Un narrateur masculin à la première personne, voyageur de passage, raconte une histoire dont il a été l’acteur, le témoin, ou qui lui a été rapportée. Le décor, en extérieur ou en intérieur, est minimaliste voire austère, les personnages sont peu nombreux. La femme, objet de désir, mais aussi sujet libre des passions où elle s’engage en toute conscience, occupe la place centrale dans l’histoire, ou ses époques comme c’est le cas dans De la vie d’une chienne.
L’Histoire de la bergère est une pastorale voyeuriste. Un journalier surprend une bergère qui pisse sur des orties. Il s’obsède de cette vision sidérante, s’enfièvre à ne penser qu’à elle : « Je retrouvais son odeur dans les fougères, les ronces, le lierre, et la couleur de son cul dans le lait des petits matins ». La belle se sait-elle observée ? Tente-t-elle son voyeur, à ainsi exhiber pour lui son plaisir mêlé de douleur urticante ? C’est elle qui viendra cueillir l’homme dans sa cache, vaincra par force sa pudeur de paysan, sa honte à l’épier puis à se prendre à la toucher et à la frotter d’orties comme elle aime qu’il le lui fasse, mais en le faisant attendre qui brûle d’aller plus loin, elle lui déclarant, non sans cet humour qui parcourt le livre : « On peut dire que j’ai pensé à toi avec mon cul ». Une scène où la femme s’accouple avec un chien de ferme ouvre dans ce premier opus le cycle de « la chienne  », qui va aller s’intensifiant dans l’Histoire de la bonne, où un étudiant, logé par une bourgeoise que l’on découvrira perverse, se livrera lui aussi au voyeurisme. L’objet cette fois-ci en est une bonne, au corps sublime mais portant une cagoule parce que défigurée, et qu’il observe par un trou dans la cloison de sa chambre. Où l’on rencontre « la chienne » : « Elle n’y peut rien, c’est l’instinct. C’est donc ça que tu me préparais et que je ne te voyais plus. C’est le rut. Viens, viens là, que je te masse la vulve. Quoi ? Non ? Ah, tu veux sortir ; c’est l’heure du petit pipi ». On retrouvera cette femme-chienne dans Histoire de l’affranchie, on comprendra le lien entre les trois époques du roman, et la tragédie qu’a jadis vécu l’héroïne.
La force de Léo Barthe, dans ces histoires qui sont toujours plus ou moins de soumission et de domination, d’avilissement parfois, d’ensauvagement souvent, et dont le lexique est aussi cru qu’il se doit de l’être, ne réside pas dans la fantasmatique des situations, en somme classique, mais déjà dans sa capacité à inverser les rôles, ou du moins à nous en faire douter. « Mais qu’est-ce que vous croyez ? C’est de la chienne que tout dépend et il n’y a de maîtresse que par le consentement de la chienne. Ne l’avez-vous pas deviné ? »
Pour le reste, le style, somptueux, fait de cette trilogie une grande œuvre pornographique au sens le plus noble : une écriture du sexe qui ne se réduise pas à sa simple (voire…) narration ou description, mais qui s’emporte à la hauteur de la meilleure littérature. Ainsi, dans Histoire de l’affranchie  : « Il la branle dans la soudaineté ». On ne lit ça nulle part, cet alliage du sensible et du concept, ou à la rigueur dans Le Cahier noir de Joë Bousquet. Du pur Jacques Abeille.

Jérôme Delclos

De la vie d’une chienne
Léo Barthe
Le Tripode, 417 pages, 25

Chienne de vit Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°221 , mars 2021.
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