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Domaine étranger Réalité partielle

mars 2021 | Le Matricule des Anges n°221 | par Guillaume Contré

En une série de brèves narrations, Arelis Uribe fait un portrait acide du Chili, dont l’apparente prospérité n’est qu’un leurre.

En huit nouvelles courtes qui sont autant de récits de formation, écrites dans une langue minimaliste et directe, Arelis Uribe raconte le Chili de son adolescence, celui des années 90. C’est du point de vue de la petite classe moyenne qu’elle le fait, cette majorité qui n’a guère voix au chapitre dans un pays ultra-libéral dont la prétendue solidité économique (héritage douteux des années Pinochet) cache mal une réalité profondément inégalitaire. Difficile, en la lisant, de ne pas penser au mouvement de protestation qui a secoué le Chili ces derniers temps, et le succès que le livre y a rencontré a sans doute quelque chose à voir avec cette prise de conscience.
Cependant, à travers les voix d’adolescentes ou de jeunes femmes qui lui ressemblent, elle n’écrit pas un texte pamphlétaire, préférant dépeindre simplement, sans effets, un pays où l’accès à l’éducation n’est pas une évidence pour tout le monde, où la découverte de la sexualité ne se fait pas sans déconvenues dans une société timorée, où la véritable pauvreté n’est jamais loin, comme une sorte de seuil que l’on aurait vite franchi sans y prendre garde.
L’univers que décrit le livre, c’est celui d’un monde où « les adultes abîment tout ». Un univers terriblement banal – plusieurs des nouvelles ont des faux airs de journal, de confession à la fois pudique et rageuse, où le quotidien, terre à terre forcément, est le signe constant de l’interruption de toute tentative d’envol, d’émancipation.
En ce sens, lorsque la narratrice de la nouvelle « Bêtes », de retour d’une soirée arrosée avec ses « copines de la fac », s’identifie avec un chien des rues, « le typique animal qui surgit sur votre route, un de ces chiens errants que l’on trouve par hasard, comme les pièces de monnaie ou les billets, et qu’on ne reconnaît pas quand on les revoit », on est en droit d’y voir une sorte de métaphore du livre entier, la réalité « bâtarde » qu’évoque le titre : des jeunes femmes déclassées, dont la position sociale précaire ne garantit rien. Comme si la vie et ce qu’elle peut offrir étaient condamnés à un entre-deux incertain. « Pour elles, l’expérience de grandir consistera à regarder pour la première fois en face le fond des choses et à tordre le cou au silence jusqu’à ce qu’il en sorte un bruit », comme l’écrit dans sa postface la journaliste péruvienne Gabriela Wiener. Il s’agit bien, ajoute-t-elle, de « s’émanciper de ce qui ne possède pas de nom ».
Il y a en effet quelque chose de l’ordre d’un anonymat partagé dans ces récits qui, par leur brièveté, semblent plus ébauchés que pleinement développés, car dans un univers fait de perspectives fades, il n’y a pas grand-chose à développer. Une adolescente entretient une relation romantique pendant plusieurs années avec un garçon sur les précaires réseaux sociaux de la fin des années 90, quand se connecter à Internet était encore suffisamment rare pour être remarquable. Lorsqu’elle le rencontre enfin en personne, c’est la déception, ou pire encore ; la fantaisie patiemment construite au cours des années se heurte au pare-brise du réel, affligeant de médiocrité : « Je l’ai pris dans mes bras pour en finir vite, pour ne pas le regarder. J’ai senti son immense corps et ses vêtements imprégnés de transpiration. Il m’a dit qu’il m’aimait, et pour moi le romantisme s’est effondré d’un coup ».
Ailleurs, c’est l’amitié avec une jeune femme issue d’un milieu aisé qui ne saurait que tourner court. C’est la visite d’une école publique dont le piteux état n’est hélas pas une exception, mais bien la règle pour ceux qui n’ont pas accès à l’enseignement privé. C’est l’arrivée d’une nouvelle voisine, « Carole la Pute » et les ragots du quartier. C’est un monde désenchanté où il faut bien, pourtant, trouver la matière de sa vie.

Guillaume Contré

Les Bâtardes
Arelis Uribe
Traduit de l’espagnol (Chili) par Marianne Million
Quidam, 124 p., 14

Réalité partielle Par Guillaume Contré
Le Matricule des Anges n°221 , mars 2021.
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