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Domaine étranger Hollywood au cœur

mars 2021 | Le Matricule des Anges n°221 | par Camille Cloarec

L’autobiographie d’Eve Babitz, égérie de la côte Ouest bohème, se révèle aussi loufoquement déchiré et dramatiquement hilarant que ses précédents opus.

Eve à Hollywood

La Californie. Les soirées affolantes. Les overdoses en tout genre. Les fidèles d’Eve Babitz reconnaîtront ici les thématiques chères à l’autrice, autour desquelles se construisait déjà Sex & Rage (Seuil, 2018), roman résolument ancré sur la côte ouest des États-Unis, entre peinture de planches de surf et penchants alcooliques. Eve à Hollywood, dont la rédaction date du début des années 70, est pourtant antérieur à celui-ci. Il nous plonge dans la jeunesse de la narratrice, à l’époque où elle ressemblait à Brigitte Bardot tout en étant la filleule de Stravinsky. Élevée à L.A. dans une famille d’artistes à la créativité et à la sociabilité bouillonnantes, elle côtoie dès le berceau les Huxley, Robert Craft ou encore Eugene Berman.
Ce qui la fait ironiser sur l’assimilation de sa ville natale à une « terre vaine ». « Culturellement, L.A. a toujours été une jungle moite, bruissante de projets propres à L.A. que les gens d’ailleurs ne voient tout simplement pas ». Le chauvinisme aigu dont elle fait preuve à l’égard de Los Angeles relève presque d’un mythe. D’ailleurs, tous ses écrits ne sont-ils pas un hommage à son territoire de cœur, où chaque petit détail du quotidien s’auréole de fulgurance ? Dans l’école de quartier que fréquente Eve Babitz, ses compagnes sont des filles « de gens beaux, courageux, téméraires, qui avaient quitté leurs foyers pour le pays des rêves cinématographiques ». À la sortie de l’établissement, il n’est pas rare de tomber sur des silhouettes de rock stars à la célébrité explosive.
Ainsi grandit la narratrice, à deux pas d’Hollywood, entre Frank Zappa et Jeff Corey, glissant rapidement de l’enfance à la file ininterrompue de fêtes démesurées qui l’emportent vers l’âge adulte. Alors que nombre de ses condisciples disparaissent, englouties par la vie nocturne, les dépendances aux substances illicites ou encore les relations destructrices, Ève se contente de « plonger gaiement dans l’immense océan neuf, incroyablement varié, d’hommes qui voulaient coucher » avec elle. Ce qui est assez, au fond, pour rendre ces quelques années cruciales, palpitantes et ferventes. Hormis un séjour forcé, pour raisons professionnelles, d’un an à New York, lequel ressemble à « un tunnel sans ciel », elle s’enracine du côté des plages, des créatures angéliques et des piscines californiennes. Ses passions sont triples, et se déclinent comme suit : les collages, les taquitos et Marlon Brando. Les premiers prendront de plus en plus de place dans son existence. Elle consacrera l’une de ses nouvelles les plus remarquables aux seconds, “Le monument”. Quant au dernier, il la hantera à jamais : «  je cherche quelque chose de Brando, aurais-je dit si une vendeuse m’avait offert son aide, quelque chose d’outrancier et de grandiose ».
Eve à Hollywood revient donc, à la manière d’une autobiographie morcelée, loufoque et scintillante, sur la genèse du parcours de la narratrice – de son destin de femme, d’artiste, de muse et d’autrice (qui prendra les traits du personnage de Jacaranda dans Sex & Rage). Les archives visuelles insérées au milieu de l’ouvrage, qu’elle a pris soin de commenter avec humour, participent à la construction de ce qui ressemble fort à une légende. Si Eve Babitz est cette icône qui pose nue en face de Marcel Duchamp, le temps d’une partie d’échecs désormais culte, elle est aussi cette lectrice avide (Anthony Powell, Colette, Karen Blixen, Henry James…) qui cherche dans la littérature une source d’amusement inépuisable – « Mon éducation s’est faite par la lecture, qui a été mon salut, ma colonne vertébrale, dans l’existence ». L’univers érigé par Babitz est celui de la dissolution sérieuse, dans lequel l’homme idéal serait un mélange de Proust et de Brando, les kilos en trop s’annuleraient à coups de suppléments sauce recouvrant les taquitos, la fête se confondrait avec l’existence. Car Babitz demeure avant tout cette intarissable « source de lumière », selon l’expression très juste de sa traductrice, Jakuta Alikavazovic. Elle est parvenue à créer, au fil de ses écrits, « l’une de ces rares configurations que les circonstances permettent de loin en loin, histoire que la vie semble valoir la peine d’être vécue ».

Camille Cloarec

Eve à Hollywood
Eve Babitz
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jakuta Alikavazovic
Seuil, 336 pages, 22,50

Hollywood au cœur Par Camille Cloarec
Le Matricule des Anges n°221 , mars 2021.
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