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Domaine français Dans les ailleurs d’ici

mai 2021 | Le Matricule des Anges n°223 | par Jérôme Delclos

Francis Navarre nous propose un étonnant voyage, où la France familière se montre dans son dépaysement.

De l’Hexagone considéré comme un exotisme

Le livre se tient, penché comme le motard dans un virage, entre l’épigraphe de Nicolas Bouvier, « C’était une petite ville torride qui sentait la cannelle », et le texte de sa quatrième de couverture : « Il est aujourd’hui facile d’être himalayesque ou sibérien, mais comment peut-on être Mussipontain ». S’agissant du Pont-à-Mousson très peu torride des Mussipontains, sa spécialité n’en est pas la cannelle, mais notre plaque d’égout nationale que célèbre Francis Navarre, quand l’ironie avec laquelle il vise l’« himalayesque » et le « sibérien » semble réfuter l’exotisme épicé de la référence au fameux écrivain-voyageur. Plutôt qu’à l’auteur de L’Usage du monde, on songe, avec De l’Hexagone considéré comme un exotisme, à Céline et son « Chanter Bezons, voici l’épreuve ! ». C’est que le Bouvier ici convoqué est celui plutôt de son Charles-Albert Cingria en roue libre  : «  L’ailleurs n’a rien à faire avec la distance : pas besoin d’aller en Mongolie pour se perdre : allez à la Chaise-Dieu (Haute-Loire), vous tournez quatre fois à gauche en prenant des chemins de plus en plus petits et même la police ne vous retrouverait pas. Pareillement, Cingria n’a pas besoin d’aller bien loin ». Or, Cingria et Navarre partagent les mêmes passions du dépaysement à deux pas, des hôtels de cambrousse, des petites avanies du voyage, de la vision depuis la route du paysage qui défile, et surtout de la monture qui véhicule son Don Quichotte par monts et par vaux : sa motocyclette « 500 Guzzi modèle 1981 » pour Navarre, son vélocipède blasonné « aux armes de la ville de Monza » pour Cingria qui revendiquait hautement « une féodalité, mais cyclistique », citant alors Jarry : « ce prolongement métallique de notre squelette ». Navarre est un semblable cavalier : « Dès que j’attaque, que j’essore la poignée, j’ai la sensation – je souhaite à tout le monde de la connaître – de faire corps avec le moulin, presque sans intermédiaire ».
Pour ces équipées en selle, il faut avoir gardé la fraîcheur de s’émerveiller, la naïveté d’un Perceval fuguant du château parental : « Pluie installée dans des paysages monochromes, brefs apartés d’oiseaux solitaires, mouches ralenties, cafés de campagne peuplés à toute heure du jour… » Curieux de tout et des petits riens, Navarre ne cesse, dans son Tour de France, de nous instruire de banalités dignes du Larousse illustré. À Langres : « Agroalimentaire, mécanique, plasturgie : c’est ici que sont fabriquées nos poubelles ». À Domrémy-la-Pucelle, la Maison de Jeanne d’Arc propose une riche gamme de souvenirs : « coussins blasonnés, faïence à motifs moyenâgeux, miel, confitures, images pieuses pour missel, déguisements, sirops, torchons, bougies, couteaux, médailles commémoratives, armes d’époque ou presque… » On y trouve même, pourquoi pas, des « figurines de polyéthylène qui mettent en scène Jeanne dans des poses lascives et assez dénudées ». De l’extraordinaire très ordinaire, ou, comme Perec en formait le programme dans L’infra-ordinaire, « Non plus l’exotique, mais l’endotique ».
Telle étape est l’occasion de belles pages sur l’écrivain que l’on y honore : à Langres Diderot, à la Ferté-Vidame Saint-Simon. À Ganges le narrateur, qui s’est aventuré dans une librairie déserte où rien ne le tente, résiste en preux aux libraires qui l’« assiègent » pour lui fourguer un livre. De chapitre en chapitre, les noms des villes, connus de nous ou pas, dont nous nous souvenons peut-être pour les avoir lus sur des panneaux routiers, se succèdent sur un mode sobrement lyrique : Dieulouard, Briey-en-Forêt, Contrexéville où l’on ne boit pas que de l’eau, Saint-Alyre, Boutaresse, Chavaniac-Lafayette…
Tout au long du périple, les impressions sont omniprésentes, pour exemple dans le Massif central celle de l’odeur de fumée « aigrelette du hêtre, plus ronde du châtaignier (sur les versants du massif), tannique du chêne rappelant celle de son bois scié ». Parfois, une citation d’un auteur aimé : « Juin, colère noire du coquelicot, dixit Thierry Metz ». Ayant lu le dernier chapitre, « Savoir finir », on referme le livre, content sans trop savoir ce qu’on a lu qui nous aura emporté loin, puis ramené au bercail en douceur.

Jérôme Delclos

De l’Hexagone considéré comme un exotisme
Francis Navarre
Le Dilettante, 222 pages, 17,50

Dans les ailleurs d’ici Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°223 , mai 2021.
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