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mai 2021 | Le Matricule des Anges n°223 | par Anthony Dufraisse

Aurélien Bellanger se fait le chroniqueur de la comédie cathodique humaine.

L’histoire récente de la télévision a-t-elle trouvé son Balzac ? On n’est pas loin de le penser tant le dernier roman d’Aurélien Bellanger est, dans son genre, une franche réussite. Un écrivain décidément à part, ce Bellanger, avec ses marottes techno-françaises (le Minitel, le TGV). Depuis 2010 et un premier ouvrage sur Houellebecq chez Léo Scheer, il a commis six livres, tous chez Gallimard, dont les très remarqués Théorie de l’information et L’Aménagement du territoire. Souvent des livres touffus – un peu confus, diront certains. Dans ce roman-ci, bien moins foisonnant que les précédents, Bellanger a su mieux dompter son démon de la théorie. En allant à l’essentiel à travers un livre qui tient autant du portrait que de la fresque, il fait montre d’une réelle efficacité et sert son propos : raconter comment la télévision s’est transformée au tournant du XXIe siècle, et comment, surtout, elle fait œuvre culturelle, quoi qu’on en dise. En s’inspirant ouvertement du parcours de l’homme d’affaires Stéphane Courbit, Bellanger met en scène Sébastien Bitereau, « né l’année de la mort de l’ORTF », en 1974. « Guéri du complexe de provincial » à force de frayer dans le monde très parisien de la télé, et se rêvant d’abord une carrière de premier plan à la Thierry Ardisson, ce personnage à « l’exceptionnelle vista » entrepreneuriale, deviendra finalement une éminence grise de l’autre côté de l’écran.
Au début, en effet, l’anime une ferveur saine pour ce média qui se cherchait, tâtonnant, une raison d’être (une éthique, disons) et une façon d’être (une esthétique, mettons). S’imposera ensuite, puissant ressort narratif, une fureur créative et lucrative : la production d’émissions. Mixant La Société du spectacle de Guy Debord et le spectacle de la micro-société que sera le concept Loft Story (promu dans le livre par Bitereau), Bellanger excelle à peindre son personnage en homme de l’ombre, en omniprésent homme invisible. Mais à trop considérer « la révolution de la téléréalité » (une « aventure carcérale », nous dit-on aussi), tentation de certains critiques déjà, on passe selon nous à côté du motif dans le tapis. Si le roman a tout, en apparence, d’une romanesque sociologie critique de la télé et de ses réseaux occultes, ne faut-il pas plutôt voir dans cette histoire… une histoire du voir ? Voilà : une histoire du regard à travers un dispositif technique annonciateur de notre tout-médiatique contemporain. Les rituelles conversations de Sébastien avec Philippe (dans lequel on croit reconnaître feu le dandy et tourmenté Philippe Vecchi, journaliste trop tôt disparu, à 43 ans) ponctuent le récit de stimulantes spéculations (la télé comme art primitif, la télé pédiluve du grand bain des réseaux sociaux…). La comédie cathodique humaine dont Bellanger se fait le pertinent chroniqueur symbolise donc l’idiosyncrasie de toute une époque. Époque qui, à bien des égards, perdure, mais amplifiée, empirée allait-on dire en entrant dans l’ère Internet. Si la télé d’hier était une machine à voir le monde, le monde d’aujourd’hui est une télésurveillance généralisée.

Anthony Dufraisse

Téléréalité,
Aurélien Bellanger
Gallimard, 244 pages, 19

Écran total Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°223 , mai 2021.
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