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Domaine français Guider vers ailleurs

juin 2021 | Le Matricule des Anges n°224 | par Julie Coutu

Premier roman de Zoé Derleyn, Debout dans l’eau raconte quelques saisons d’une enfance solitaire, qui laisse à la mort l’espace pour faire son œuvre.

Debout dans l’eau

Certains romans, au fil des mots, des émotions levées, des images, des sensations, vont s’insinuant, privilégiant une lente imprégnation pour trouver leur chemin, s’installer, envahir l’espace de leur imaginaire. Ils avancent tranquillement, posent un lieu, des personnages, une ambiance, un questionnement, jusqu’à ce que le lecteur en arrive à se persuader qu’il ne pourra pas s’extraire de leur univers. C’est précisément à cette fin que tout concourt dans ce Debout dans l’eau de Zoé Derleyn, un texte entre non-conte de fées et histoire à chagrin, entre rêveries d’enfance et mondes inventés, un récit d’initiation qui suivrait les saisons, et la lente et longue mort d’un patriarche réduit à l’ombre de son ombre.
Il y a l’enfant d’abord. « Debout, de l’eau jusqu’à la taille », et les pieds dans la vase. Immobile, silencieuse, solitaire. Son triomphe : attraper un poisson. Elle vit dans cette maison, entourée d’un étang, qui ferait comme une douve. La maison de ses grands-parents, où l’a un jour déposée sa mère, avant de disparaître. De père, il n’est pas question. La vie s’est arrêtée et a recommencé ici, avec son cortège de mystères, d’histoires à faire rire ou pleurer, de lieux à explorer. L’étang, le verger, la cuisine, le bureau, la cave, la chambre du grand-père. Lui, qui va mourir, bientôt. « Je sais bien qu’il va mourir. Bientôt. Je sais bien que sans l’oxygène de la machine, il serait déjà mort. Mais j’ai du mal à croire que ça va réellement se produire. J’ai l’impression que je pourrais rester assise là, sur son lit, éternellement. Il ne va pas mourir maintenant. Ni maintenant ni maintenant. Je crois que je vais avoir onze ans et demi presque douze et un grand-père mourant pour toujours. »
Il y a le drame qui se noue dans la chambre obscure. Et puis la vie qui reprend ses droits, dès qu’on en sort. Une grand-mère à l’affection tout en débordements contenus. Les chiens, Tempête, Baron, Roc, langues pendantes et aboiements refrénés. Dirk au jardin. Magda à la cuisine. Les infirmières. Parfois les cousins trop bruyants. Zoé Derleyn, déjà auteure d’un premier recueil de nouvelles (Le Goût de la limace, Quadrature, 2018), tisse son texte de fragments d’intimité, des trésors d’enfance, l’essence enfouie d’une enfant habituée à inventer, réinventer, encore et encore, ses mondes intérieurs. Il y a les fils du couvre-lit qu’elle tresse entre ses doigts, la buée sur les vitres, le t-shirt Lake Placid Adirondacks Mountains et ses promesses d’ailleurs, de pêches miraculeuses, l’obsession d’allumer un feu, tous les voyages à faire et à rêver, et même, une baleine.
Elle y greffe toutes les émotions, tous les indicibles de la fillette. La peur, l’abandon, la colère, les angoisses, sourdes, la discrétion, les attentions. Le récit fonctionne comme par à-coups, et par sensations. La chaleur, la vase, du poisseux, du collant, le goût des fruits, le poids d’un arrosoir, l’haleine fétide d’un chien et un bref coup de crocs, la pluie, la boue, le froid, la confiture de framboises et d’orage, souvenir d’un jour d’été, la lumière dehors et l’obscurité fraîche dedans. Une tarte aux fraises, posée là, sur la table de la cuisine. « Mon grand-père n’est pas encore mort, mais en regardant la tarte, j’ai l’impression qu’on vient de l’enterrer. Juste ma grand-mère et moi, à nous deux, dans la cuisine ».
Avec cette mort longue et lente du grand-père, ce sont tous les deuils, toutes les pertes de l’enfant qui se cristallisent, s’agglomèrent. Qui déconstruisent, reconstruisent, ses croyances, ses gestes du quotidien, ses attentes. Qui l’aident à grandir, à redéfinir son univers, avec ses accidents, ses fossés, ses abîmes, ses joies et ses lumières, aussi. À la fin il y aura l’absence. Et ce sentiment, singulier : comme un surcroît de présence.

Julie Coutu

Debout dans l’eau,
Zoé Derleyn
Le Rouergue, 144 pages, 16

Guider vers ailleurs Par Julie Coutu
Le Matricule des Anges n°224 , juin 2021.
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