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Domaine étranger Pour finir encore… ou presque

septembre 2021 | Le Matricule des Anges n°226 | par Jérôme Delclos

Le Roumain Marin Mălaicu-Hondrari célèbre les écrivain.es suicidé.es dans un roman foisonnant et érudit.

Le Livre de toutes les intentions

Il y a quelque chose de Cioran (d’ailleurs évoqué page 90), de son humour du pire, chez Marin Mălaicu-Hondrari et son personnage hanté par l’idée d’un livre recensant les auteur.es suicidé.es, et qu’il a l’obsession d’écrire en une seule nuit. Le narrateur se documente à fond sur les nombreux moyens pour s’occire soi-même, et se présente, dès le premier paragraphe, dans la posture, burlesque parce qu’effrénée, de l’écrivain adepte de la méthode de l’Actors Studio : « je contemplais les eaux, j’inspirais à toute force le gaz de mon briquet, je parcourais les ponts, je grimpais dans les tours. Je n’avais pas la moindre intention de me supprimer ». On peut également voir dans Le Livre de toutes les intentions l’influence de Roberto Bolaño que Mălaicu-Hondrari a traduit en roumain : les romanciers sont rares qui utilisent comme personnages une foule de poètes et écrivains bien réels, comme le Chilien en a fait l’une de ses marques de fabrique. Du reste, l’histoire se déroule en Espagne (puis au Portugal), où son narrateur surveille depuis une caravane un parc de voitures d’occasion, tout comme Bolaño fut un temps, lui aussi en Espagne, gardien de parking, de camping, et portier de nuit : des jobs pour insomniaques qui permettent idéalement de lire et d’écrire en fumant clope sur clope et en éclusant du café très noir.
Ce double héritage, cioranesque et bolañien, donne un court roman foisonnant, où l’on tombe régulièrement sur des phrases qu’en isolant on peut lire comme des aphorismes. Par exemple « Les raisons qui poussent les gens à rester en vie, c’est à mourir de rire », ou mieux encore, au sujet de Jacques Rigaut auquel se compare le narrateur enrhumé : « Son livre de chevet, c’était un revolver. Moi, j’avais un mouchoir plein de morve ».
Pour être un tantinet absconse, la méthode de notre héros n’en a pas moins sa logique propre. C’est l’anti-Shéhérazade. Tandis que la célèbre captive retarde l’échéance de sa mort en contant une histoire, l’écrivain de Mălaicu-Hondrari, en perdant magnifique, opte au contraire pour une sorte d’écriture-suicide comme il y a aux échecs l’ouverture-panique avec les blancs (h2-h4), laquelle précipitera à coup sûr la défaite de celui qui s’y risque. De même ici, il s’agit d’écrire le livre le plus vite possible (filons la métaphore échiquéenne, c’est une écriture blitz), en douze heures d’une unique nuit, et que l’auteur enfin… meure. « Mon intention d’écrire un livre en une nuit doit être prise comme une intention de me suicider. (…) À quoi bon tant écrire ? Que cette farce prenne fin une fois pour toutes… et qu’on en finisse avec toutes les farces ». L’intention, étant tout de même passablement hésitante, ce pacte avec le diable sera différé tout au long du livre, qui se lit alors aussi comme un roman d’aventures, où il est question d’une voiture de luxe, d’une meute de chiens, et d’une femme, Iris, le seul élément léger et lumineux dans une atmosphère assez sombre, qui toutefois s’éclaire à la fin.
C’est déjà la réflexion sur l’écriture, son caractère obsédant pour l’auteur sur le chantier, qui fait l’intérêt du livre. Le narrateur est obnubilé par son projet que l’on voit certes se développer, et de façon érudite, sous la forme de la galerie des suicidé.es : Sylvia Plath, Rilke, Pavese, Sarah Kane, Debord, Gary, etc. Mais c’est surtout l’occasion pour le lecteur qu’est Mălaicu-Hondrari de payer sa dette aux écrivains qu’il aime, Horacio Quiroga dont il nous livre son « décalogue du parfait conteur », et d’autres, qui n’ont pas mis fin à leurs jours, comme Pessoa, Borges, Beckett.
De façon discrète, on trouvera aussi en filigrane du roman une réflexion sur « l’intention », qui fait fond sur les questions de la volonté et de l’action, de la difficulté inhérente au serment fait à soi-même, de la procrastination ou de ce que Cioran appelle parfois la « nolonté ». Au bout du compte, en moins de cent pages un livre très généreux, à lire et à relire.

Jérôme Delclos

Le Livre de toutes les intentions, de Marin Mălaicu-Hondrari, traduit du roumain par Laure Winckel, Inculte, 97 p., 12,90

Pour finir encore… ou presque Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°226 , septembre 2021.
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