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Domaine étranger Utopie sans qualités

octobre 2021 | Le Matricule des Anges n°227 | par Thierry Guinhut

Dans une satire divertissante, Marc-Uwe Kling épingle notre monde ultra-technologique.

L’Autrichien Robert Musil avait publié dès 1931 L’Homme sans qualités, roman réaliste qui mettait en scène un personnage dont les caractéristiques s’effaçaient au-devant d’une société spéculative. Avec l’Allemand Marc-Uwe Kling (né en 1982) l’homme, dans tout ce qui fait son individualité et son libre arbitre est définitivement vaporisé. Nous sommes cette fois dans un roman de science-fiction, quoiqu’il soit bien proche de nous : Quality Land. L’on y vit dans un monde de qualité supérieure où les moindres désirs sont exaucés avant même que formulés. Y compris par « Crime as a service ».
Comme dans les classiques du genre utopique, de Zamiatine à Huxley, l’on papillonne parmi une pléiade de personnages, tel le riche Martyn régenté par le système et cependant broyé ; mais aussi autour de « Peter le chômeur ». Son amie Sandra le quitte, ayant bénéficié d’une promotion et se voyant proposer un amant à sa hauteur. Car informatique et intelligence artificielle gèrent une pyramide sociétale où l’on est classé de zéro à cent. Où « Partner Care » vous permet sans faute de trouver le partenaire adéquat. Chacun est équipé d’un « ver d’oreille ». Les enfants sont éduqués selon les consignes et les injections d’un programme. Les « androïdes » remplacent les hommes assignés à des tâches répétitives, quoique l’on propose, d’une manière peut-être cohérente, de nominer l’un d’eux candidat à la présidentielle : « les machines ne font pas d’erreur ». Pourtant, « Cuisinier », son concurrent, bien que raciste et réclamant « le droit et l’ordre », est perçu comme « plus drôle ».
D’où viendra le grain de sable pour gripper l’heureuse machinerie ? De la colère des « briseurs de machines » ? De l’androïde président qui « va faire passer la rationalisation de tous les mécanismes sociaux au niveau supérieur », jusqu’à un totalitarisme définitif ? Peut-être d’un « vibromasseur en forme de dauphin » qui échoit par erreur à « Peter le chômeur », lui qui conserve des machines déficientes et parlantes, qui préfère dire « non », y compris à un rapport sexuel au contrat fleuve, antihéros et modeste dissident. À moins que ses rencontres avec « Kiki » et « le vieux » soient déterminantes, ou qu’une machine développe « une conscience morale ». Mieux, il parvient à pouvoir réclamer devant les caméras d’une émission à succès de gérer par lui-même les algorithmes de sa propre personnalité…
Au-delà d’un bonheur assuré et dangereux, la qualité dystopique du roman aux péripéties entraînantes et divertissantes est sans cesse confirmée : « Comme le gouvernement a bien fait d’avoir supprimé il y a quinze ans les cours d’histoire au profit des cours d’avenir ». Le langage a subi les modifications politiquement correctes d’usage : les soldats sont devenus des « agents de qualité ».
L’omniprésence numérique, via intellect et corps connectés, intervient par encarts informatifs et publicitaires dans le roman, sur des pages noires, non sans des commentaires type Facebook. La littérature elle-même est brièvement réécrite selon les exigences du bonheur : Tolstoï n’est plus que Paix en cent pages, Anne Frank échappe aux nazis et « reçoit le poney dont elle a rêvé ».
Éminemment satirique, le roman déploie des aphorismes succulents : « le parlement est aujourd’hui ce que le monastère était autrefois : l’endroit où les classes supérieures peuvent se débarrasser de leurs fils superflus ». Il dénonce un capitalisme invasif, via réseaux sociaux et médias télévisuels, confondu avec le projet politique. Au travers d’un futur technologiquement optimisé par les algorithmes, c’est notre présent qui est raillé, mais aussi notre désir d’une société hyperprotectrice et délicieusement bête, ou encore un nouveau « Dieu », robot omnipotent, dont nous serions les esclaves.

Thierry Guinhut

Quality Land
Marc-Uwe Kling
Traduit de l’allemand par Juliette Aubert-Affholder
Actes Sud, 384 pages, 22,80

Utopie sans qualités Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°227 , octobre 2021.
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