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Histoire littéraire Savant et enchanteur

janvier 2022 | Le Matricule des Anges n°229 | par Richard Blin

Deux nouveaux livres de Patrick Wald Lasowski pour savourer l’acuité d’un regard et une érudition qui tient de la prestidigitation.

Saint Sébastien martyr

Éminent spécialiste de la littérature et de la sensibilité libertine – il a dirigé l’édition des Romanciers libertins du XVIIIe siècle à la Bibliothèque de la Pléiade –, auteur d’essais consacrés au roman du XIXe siècle, Patrick Wald Lasowski ne cesse d’interroger l’imaginaire de ces siècles. Après avoir élu un foyer fantasmatique, un objet, un thème qui cristallise une dynamique mentale, ou l’essence d’une époque, il l’explore sur le mode de la résonance et de l’irradiation, en fait le fil d’Ariane d’une lecture découvrante, d’une déambulation riche en trouvailles, échos et parentés insoupçonnées. Un étonnant mélange de style et d’inspiration que nous retrouvons dans ses deux nouveaux livres.
La Plume dissipée trouve son origine dans l’image de celui qui écrit à sa table de travail, la plume à la main. Ce qui nous fait voyager du Moyen Âge à l’aube de l’ère industrielle, à travers miniatures, gravures, tableaux montrant l’un ou l’autre des quatre évangélistes – ils sont au fondement de l’Écriture – ou l’un des quatre Pères de l’Église, Augustin, Ambroise, Jérôme ou Grégoire, écrivant une plume d’oiseau à la main. Si la plume est toujours au cœur de l’image, sacralisant l’écriture, elle est là pour nous dire que « c’est grâce aux plumes de l’oiseau que les écrits demeurent ». Ce qui ne concerne pas que l’univers religieux. La littérature n’est pas en reste qui a fait de Virgile, le Cygne de Mantoue, ou de Bossuet, l’Aigle de Meaux, tant la plume a servi leur lyrisme. De la plume sacrée à la plume profane, Patrick Wald Lasowski pointe la façon dont elle peut être sage, acerbe, fielleuse, aimante aussi comme quand Beaumarchais invite sa maîtresse à plus d’abandon dans ses lettres. « Tu ne sais faire l’amour que sur un lit. Il est quelquefois charmant sur une feuille de papier. » Du dessin à l’accessoire sexuel en passant par la parure – qu’on songe au florissant commerce des plumassiers au XVIIIe siècle –, mille sont les métamorphoses de la plume. Elles sont partout nous dit Wald Lasowski, et jusque chez Un certain Plume quand Henri Michaux en fait un double de lui-même.
Avec Saint Sébastien martyr, et par-delà la persécution des chrétiens et le mystère des souffrances consenties pour gagner un au-delà mystique, c’est l’image du corps supplicié devenu l’enjeu d’un conflit spirituel qu’explore Patrick Wald Lasowski. Deux modèles rivalisent dans la représentation du martyre de Sébastien. Ou bien est privilégiée la tension dans la souffrance jusque dans les plis du linge qui lui couvre le bas-ventre, ou bien sont mis en valeur « l’indolence et le charme effronté d’un frère en grâce d’Apollon ». Avec les conséquences qu’on imagine, l’objet de piété versant au scandale quand « l’image sainte ouvre l’enfer du désir ».
Né à Narbonne, élevé à Milan et devenu chef des archers de la garde impériale de Dioclétien, Sébastien est dénoncé, arrêté comme chrétien, comme disciple d’une secte qui renie Jupiter, le soutien des empereurs. Mais alors que d’ordinaire le sort réservé à ces nouveaux sectateurs est « tête tranchée, langue coupée, bouche cousue », Sébastien est attaché à un arbre pour être livré à deux archets. Abandonné sur le lieu du supplice, son corps est recueilli par une femme. Les flèches reçues ne l’ont pas tué. Elle le guérit de ses blessures mais ne peut l’empêcher de courir à nouveau au martyre en interpellant l’empereur sur les marches de son palais. Lapidé, bastonné à mort, son cadavre connaîtra bien des tribulations avant d’être disséminé à travers diverses reliques. Parmi les martyrs, il est celui qui, dans l’histoire de la peinture est le plus souvent représenté. Sa beauté, son léger déhanchement, ses yeux levés au ciel et la splendeur tragique de la chair pénétrée par les flèches l’ont très vite fait glisser de l’amour sacré à l’amour profane et nombreux sont ceux, au fil des siècles, que la vue de Sébastien a révélé à eux-mêmes, le corps criblé de flèches devenant une représentation de « la plus saisissante demande d’amour ».
Dans Des roses sous la Terreur, qui suit Saint Sébastien martyr, c’est la façon dont la reine des fleurs s’éternise dans les tableaux d’Elisabeth Vigée Le Brun, ou s’interpose comme un défi à la Terreur, « comme un gage de la beauté du monde », que s’attache Wald Lasowski. Des roses qu’il fait parler, tresse en guirlande, dispose en « cordon sanitaire, esthétique et moral, tendu autour de la Révolution ».

Richard Blin

Patrick Wald Lasowski
La Plume dissipée
Stilus, 124 pages, 13
Saint Sébastien martyr suivi de Des roses sous la Terreur
Stilus, 116 pages, 13

Savant et enchanteur Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°229 , janvier 2022.
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