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Théâtre Épopée du quotidien

juin 2022 | Le Matricule des Anges n°234 | par Patrick Gay Bellile

Dans La Cour des miracles, l’humanité s’affaire à Athènes et affronte un monde qui change.

Écrivain, dramaturge et réalisateur, Iàkovos Kambanèllis – mort en 2011 à Athènes – est aujourd’hui célébré dans son pays natal qui a fait de 2022 « L’année littéraire Iàkovos Kambanèllis ». Et c’est à cette occasion que les éditions l’Espace d’un instant republient La Cour des miracles, pièce écrite en 1957 et considérée comme étant fondatrice du théâtre grec contemporain. Elle est, depuis sa création, régulièrement portée à la scène, et représente une sorte de symbole d’un peuple grec réuni et authentique. L’auteur le dit : « Le théâtre grec appartient à l’été et au plein air. (…) un théâtre en extérieur, parlant une langue qui, loin d’être balbutiée, énonce au contraire clairement les choses, avec des éclats de voix. Or une cour, c’est un lieu public. » Et c’est autour d’une cour, une cour ordinaire d’un quartier populaire d’Athènes, que vivent une dizaine de personnages, tous différents, mais tous constituant, selon l’auteur, « mes Iàkovos du passé ». Il les porte en lui et c’est la Grèce tout entière qui apparaît en filigrane derrière cette galerie de personnages.
Un couple amoureux, Voula et Babis, habitué aux disputes et scènes de ménage, une petite famille dont le père tire sur les chats du quartier, un homme et une femme toujours en déséquilibre et que l’arrivée d’un autre homme va troubler, une femme seule qui se voit actrice et célèbre, un homme possédé par la passion du jeu, tandis que sur la terrasse une retraitée se plaint de sa solitude… Ce sont des gens simples confrontés aux problèmes quotidiens : les factures, les arnaques, les problèmes d’argent, les peines de cœur, les jalousies, les rumeurs et les menaces. Mais tous sont habités par un rêve intime, celui d’un avenir meilleur et de lendemains qui fredonnent. Pour certains, il faudra partir en Australie et redémarrer en faisant bien évidemment fortune ; Stratos, le plombier, ne rêve que de vivre enfin avec sa maîtresse Olga, mais Stellios le mari en mourrait peut-être, lui qui rêve d’avoir de nouveau les moyens d’aimer sa femme. Partir, ou rester, préparer l’avenir des enfants, parler à n’en plus finir d’un monde qui change sous leurs yeux et finira par les chasser de la cour pour faire place à des immeubles modernes. La pièce enchaîne des petites scènes dialoguées, rapides, enjouées, les personnages entrent et sortent de la cour, apportant des nouvelles de l’extérieur ou bien allant au contraire en chercher. Ou se ravitailler en cigarettes.
Dans ce théâtre on ne perd pas de temps, l’histoire avance et les personnages défilent, comme la vie elle-même. Puisque demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Pourtant, deux ingénieurs viennent régulièrement prendre des mesures, annonçant et préparant un futur dans lequel tous n’auront peut-être pas de place. Et à la fin, ils font leurs valises et quittent leur cour, promise à la destruction. Il n’y aura pas de miracles. La cour disparaîtra, comme leurs rêves. Mais ce n’est pas la première fois. Et finalement l’espoir reste là, recroquevillé au fond d’eux-mêmes, comme un moteur, une énergie vitale, un sens de la vie qui fait dire à Bablis : « Haut les cœurs, capitaine… en avant, marche… Tout va s’arranger… tu verras… À cette heure-ci, d’autres pensent à partir pour la lune… » Et comme l’écrit Sissy Papathanassiou, la préfacière du texte et membre du ministère de la Culture grec : « Par son écriture, l’auteur exprime la conviction que rien n’existe si on ne peut pas le raconter ». Oui, il faut le raconter et le raconter encore. Et c’est le rôle du théâtre. Pour que cette histoire ne se perde pas. Et que chacun puisse se reconnaître dans ces personnages ballottés par la vie mais qui tracent un chemin porté par l’écriture de Iàkovos Kambanèllis.

Patrick Gay-Bellile

La Cour des miracles
Iàkovos Kambanèllis
Traduit du grec par Gilles Decorvet,
l’Espace d’un instant, 162 pages, 15

Épopée du quotidien Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°234 , juin 2022.
LMDA papier n°234
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