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Domaine étranger Mon nom est personne

juin 2022 | Le Matricule des Anges n°234 | par Feya Dervitsiotis

Plusieurs fois « redécouvert » au gré de travaux universitaires et rééditions, Alexander Moritz Frey (1881-1957) connut un certain succès dans l’Allemagne du début du XXe siècle – avant que ses livres ne finissent dans les autodafés nazis et lui exilé en Suisse. En 1914, Frey faisait publier Mon nom est personne, fable fantastique et satirique qui décrit, dans un crescendo insupportable, une société wilhelmienne xénophobe et asphyxiée.
Solneman, un étranger à la fortune surnaturelle, acquiert le parc municipal d’une petite ville. La muraille qu’il fait construire et les activités qu’elle dissimule deviennent l’objet de tous les fantasmes, chacun interprétant différemment les peintures qui la recouvrent. La curiosité non assouvie des habitants se mue en haine, puis en une déferlante de violence, justifiée par l’idée que l’inconnu s’élève au-dessus des lois. À mesure que se succèdent les personnages et les épisodes – autant de tentatives pour entrer dans le parc – les lignes bougent : ce qui se trame chez Solneman ne sera jamais connu, faisant de cet enclos un espace de liberté, tandis que les citoyens tremblent que sa venue ne menace les us dans lesquels ils se sont emmurés.
Parue pour la première fois il y a trente ans, la traduction de ce sombre roman, prophétique malgré lui, a été retravaillée par un spécialiste de Frey, Jean-Jacques Pollet. Elle est accompagnée par les illustrations d’un contemporain de l’écrivain, Otto Nückel. Ces gravures, racistes, anguleuses, froides, imprègnent la lecture : tout du long, nous sommes mal à l’aise. Car le message ici est à la fois proéminent et ambigu. Certes Frey caricature la société de son temps, certes il dissèque les rouages de l’« hallucination collective » d’une foule que la présence de l’Autre déchaîne. Las, échappe-t-il lui-même tout à fait au climat idéologique de cette époque terrible ? Le désordre suscité par Solneman se révèle si destructeur qu’on en vient à souhaiter son retour chez lui, où que ce soit… Nous voilà pris au piège.

Feya Dervitsiotis


Mon nom est personne
Alexander Moritz Frey
Traduit de allemand par J.-J. Pollet et P. Giraud
La dernière goutte, 352 pages, 20

Le Matricule des Anges n°234 , juin 2022.
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