L’art de conter, cet art populaire qui va des griots du Mali au storytelling sud-africain, et du roman-photo européen aux actuelles séries, a ses variantes et sa nouvelle vague d’artistes « engagés », partout dans le monde, qu’il s’agisse de musique, de cinéma ou de littérature. Djaïli Amadou Amal en fait partie et l’assume. « Écrivaine et militante camerounaise », ainsi qu’elle se présente, l’auteure du roman à succès Les Impatientes (prix Goncourt des lycéens 2020) récidive avec un nouveau livre à thème. Cette fois, il ne s’agit plus de dénoncer les mariages forcés, mais la polygamie – pratique restée courante dans certaines communautés africaines, notamment chez les Peuls, dont Djaïli Amadou Amal est issue.
Le Harem du roi met en scène un couple moderne, en 2024, à Yaoundé : Boussoura est professeure de littérature et Seini médecin. Leur petite famille est heureuse, avec ses deux enfants, sa maison confortable et tout ce qui s’ensuit. Jusqu’au jour où Seini, qui est aussi le neveu du lamido, le chef suprême des Peuls, tout-puissant gardien des traditions et garant de la religion (islamique), est appelé, à la mort de son oncle, à monter sur le trône. Le couple doit quitter la capitale pour s’installer en brousse, dans le palais royal, et se soumettre à la brutalité d’un système féodal, présumé immuable et sacré. Seini s’y habitue très vite. Il règne sur les imams et les marabouts, sur les juges et les ministres. Ses désirs sont des ordres. Il est en haut du haut. En bas, sont les esclaves. Parmi lesquels les concubines, avec qui il couche à sa guise. Boussoura, qui a, en prime, l’interdiction de travailler et de sortir du palais librement, l’a franchement mauvaise.
Rondement écrit, Le Harem du roi est une satire habile et efficace. Cette « fiction inspirée de faits réels », décrit, à travers les faits et gestes des concubines et la lente prise de conscience de Boussoura, la cruauté et l’injustice du lamidat, cet « État dans l’État », symbole d’un patriarcat d’un autre âge – de plus en plus contesté, désormais, par une frange de la jeunesse peule.
C.S.
Le Harem du roi
de Djaïli Amadou Amal
Emmanuelle Collas, 312 pages, 21,90 €
Domaine français Le Harem du roi de Djaïli Amadou Amal
septembre 2024 | Le Matricule des Anges n°256
| par
Catherine Simon
Un livre
Le Harem du roi de Djaïli Amadou Amal
Par
Catherine Simon
Le Matricule des Anges n°256
, septembre 2024.

