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Théâtre Une dramaturgie de l’irrésolu

octobre 2024 | Le Matricule des Anges n°257 | par Laurence Cazaux

Dans une pièce-enquête, Lieux communs, Baptiste Amann nous invite à débusquer nos propres dogmatismes.

La pièce démarre par cet avant-propos malicieux : « Ceci est la reconstitution bien réelle/ d’événements absolument fictifs/ décrivant les trajectoires de personnages/ absolument fictifs/ par la médiation d’actrices et d’acteurs/ bien réels qui ont accepté/ à partir d’éléments absolument fictifs/ de restituer dans le réel/ les vérités absolument fictives/ de chacun d’entre eux. » Baptiste Amann s’amuse d’emblée à brouiller les frontières entre vérité et fiction. Il a choisi pour cela d’écrire un thriller théâtral, presque cinématographique, se déroulant dans quatre espaces différents : les coulisses d’un théâtre avant la première représentation houleuse d’un spectacle, un studio d’enregistrement télévisé lors d’une émission culturelle, une salle d’interrogatoire dans le sous-sol d’un commissariat et un atelier de restauration d’œuvres picturales. Quatre lieux et deux temporalités, en 2007 et aujourd’hui. 2007 représente le nœud de Lieux communs avec un fait divers explosif. Petit à petit va se dévoiler ce qui lie ces différents espaces à cette nuit de 2007 où la fille d’une personnalité politique d’extrême droite est retrouvée morte, défenestrée. Le jeune homme avec qui elle a passé la nuit, par le biais d’un site de rencontres, est vite suspecté puis condamné. Ce jeune homme représente le coupable idéal. Fils d’un père violent, il était déjà placé dans un centre de rééducation et fréquentait un groupuscule d’identitaires noirs. Et pourtant il clame son innocence, en vain.
Tout au long de la pièce, construite en trois parties, nous n’aurons aucune certitude sur sa culpabilité ou son innocence. La première partie, « De l’exposition », introduit chacune des situations se déroulant dans les différents lieux. La deuxième partie, « De la guerre », fait exploser la violence contenue dans les quatre confrontations, comme si chaque personnage restait bloqué dans ses convictions. Comme le suggère le titre de la pièce, seuls des lieux communs sont échangés entre les personnages. La dernière partie, « Des récits », serait une tentative pour sortir de ces Lieux communs, en déroulant enfin une parole intime et nous plongeant, nous lecteurs, dans une réelle complexité.
L’art, la poésie, le théâtre et la peinture, tiennent une place importante dans la pièce de Baptiste Amann. Ainsi l’accusé du meurtre écrit un long poème qui sera mis en scène par l’un des protagonistes du texte. Mais c’est la peinture qui occupe une place centrale. La figure de Soulages est évoquée lors d’une émission télé par un spécialiste du peintre évoquant la dramaturgie de l’irrésolu, qui semble être le cœur vivant de Lieux communs : « le rapport au mystère peut s’avérer très problématique dans un cheminement tendu vers la quête de sens. Il est des questions ouvertes (l’existence de Dieu, l’origine de la vie, la naissance de l’univers) qui restent insupportables aux esprits rationnels. On peut considérer ces vérités en suspens comme les axiomes d’une sorte de “dramaturgie de l’irrésolu” qui, depuis la nuit des temps, détermine les conflits interhumains – qu’ils soient religieux, politiques ou existentiels. Et c’est pourtant ce même rapport au mystère qui œuvre pour une exploration toujours plus complexe du réel. » La pièce est un chemin vers ce rapport complexe au réel, qui semble faire tellement défaut aujourd’hui où les affrontements tiennent souvent lieu de réflexions.
Dans cette histoire de la violence, Baptiste Amann pointe la responsabilité de la domination masculine lorsqu’elle prône le culte de la virilité, comme pour les deux protagonistes du fait divers, que ce soit la victime, fille d’un père d’extrême droite ou le supposé meurtrier, fils d’un homme brutal et discriminé. Pour autant, l’auteur nous invite dans une fin quasi poétique à reconnaître la blessure de ne pouvoir « entériner une vérité indiscutable » et à ne pas nous agripper à nos convictions au risque « de nous enterrer en nous-mêmes ».

Laurence Cazaux

Lieux communs, de Baptiste Amann
Actes Sud-Papiers, 112 pages, 14

Une dramaturgie de l’irrésolu Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°257 , octobre 2024.
LMDA papier n°257
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LMDA PDF n°257
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