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Essais Traces et strates

octobre 2024 | Le Matricule des Anges n°257 | par Anthony Dufraisse

Dans un récit très personnel, Lucie Taïeb réfléchit aux lieux et liens fantômes.

La Mer intérieure. En quête d’un paysage effacé

Certains livres donnent l’impression de s’écrire sous nos yeux et c’est le cas de celui-ci, le onzième de Lucie Taïeb, mais le tout premier de la collection « Terra Incognita » qui entend, par des moyens hybrides (textes et images mêlés), explorer certains territoires passant sous les radars de la recherche universitaire notamment. Ce récit nous emmène de l’autre côté de ce qu’on appelait à une époque le Rideau de fer, dans l’ancienne RDA donc. Plus exactement, la germaniste Lucie Taïeb s’intéresse un peu par hasard à une région minière, dans le Brandebourg, où nombre de localités ont été rasées pour faire place à une intense activité d’extraction. « Les mines de charbon, en Allemagne, à l’Ouest comme à l’Est, leur dévoration : des forêts, des maisons, des villages, des vies qui y sont liées, qui parfois résistent, mais qui cèdent à la fin ; la mine a toujours le dernier mot. » Faisant le voyage sur place longtemps après la fin de l’exploitation des sites et leur reconversion en lacs comme autant de petites mers intérieures, Lucie Taïeb met des mots sur le souvenir des « effets dévastateurs de la destruction » des écosystèmes et des existences, sur la lutte vaine des habitants à l’époque. Son travail consiste en une identification de ce qui a été et n’est plus ; de ce qui, de façon spectrale, persiste à la mémoire, faisant signe et sens.
Archiviste de traces géographiques et de strates symboliques, elle consigne ses avancées et ses reculs, dans une approche factuelle qui flirte avec le journalisme documentaire. Si l’autrice se met en scène, c’est au sens où elle se considère comme le premier capteur émotionnel de l’histoire qu’elle est en train de raconter. Et puis, de documentaire qu’elle se veut avant tout, l’écriture de Lucie Taïeb glisse insensiblement vers sinon l’intime, du moins l’introspection. Des éléments autobiographiques s’infiltrent dans le cours de son travail, ce qui crée des perturbations, des courts-circuits. Comme des persistances rétiniennes. Petit à petit, son projet change « de forme, de nature, de contenu », constate l’autrice. Résurgence irrépressible, l’évocation du deuil de sa mère vient ainsi se superposer à la démarche strictement documentaire. Un surgissement qui, croit-on comprendre, tend à rapprocher deux expériences de la perte. Dans les deux cas, ne s’agit-il pas de désensevelir la mémoire des fantômes ? L’écrivaine devient dès lors le point de jonction d’un paysage extérieur (les cratères miniers comblés) et d’un paysage intérieur (son état d’esprit pendant l’enquête en ex-RDA).
« Il est toujours difficile de définir les liens qui se tissent entre le livre qu’on écrit et sa vie propre », relève-t-elle à la fin, et c’est probablement la phrase-clé de ce texte qui est un essai vraiment très personnel. On pourrait d’ailleurs revisiter l’acronyme RDA et dire de ce livre qu’il est, au fond, une étonnante Recherche Documentaire Aléatoire sur l’accouchement d’une écriture.

Anthony Dufraisse

La Mer intérieure. En quête d’un paysage effacé, de Lucie Taïeb, Flammarion,
168 pages, 21

Traces et strates Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°257 , octobre 2024.
LMDA papier n°257
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LMDA PDF n°257
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