Regarder et ne pas voir. Louis Gillet, un témoin au cœur des années sombres (1936-1943)
De Jérôme Prieur, on connaît d’abord les vivifiants documentaires consacrés au Nouveau Testament qui ont été diffusés sur Arte (Corpus Christi, L’Origine du christianisme, L’Apocalypse, 1998-2008), ainsi que son travail de producteur de la série de portraits d’écrivains Les Hommes-Livres (INA, 1980-1989), pour laquelle il a lui-même réalisé des films sur Maurice Roche, Béatrix Beck, ou Starobinski. Par ailleurs réalisateur de films consacrés à Artaud, Proust, Prevel, Fargue ou Paulhan, parfois construits avec son complice Gérard Mordillat, Jérôme Prieur a indéniablement la fibre littéraire, et, il n’est pas indifférent que son parcours le mène d’abord à suivre des études de droit puis de lettres, et notamment les enseignements de Tzvetan Todorov ou de Jean-Pierre Richard, avant de l’engager dans une thèse sur La Scène de la fiction (en rapport avec le roman gothique anglais) sous la direction d’Hélène Cixous (1976). Frappé d’une curiosité sans faille, Jérôme Prieur incarne ces hommes de savoir dont l’absence d’à priori offre de balayer des certitudes et de dénicher des sujets encore nimbés d’ombre.
Vous vous êtes consacré à analyser le Nouveau Testament pour en faire parler la littérature, en observant ses strates, ses sous-entendus et ses contradictions. Quelle leçon tirez-vous de votre activité ?
Ce travail aura été capital pour moi. Il a bouleversé ma vie, pour ainsi dire sans que je m’en aperçoive, en tout cas sur le moment. Ce qui est certain, c’est qu’il m’a occupé ! (c’est la phrase qu’employait Paule Thévenin quand elle expliquait que, jeune femme, elle cherchait du travail et qu’Artaud, dont elle a finalement édité les œuvres complètes jusqu’à la fin de ses jours, l’avait prise au mot). Quatre séries réalisées avec Gérard Mordillat entre les années 1994 et 2015, quarante heures de films, cinq livres, près de deux cents grands entretiens et quantité de voyages à travers le monde pour rencontrer toutes sortes de chercheurs de spécialités différentes, et grâce à eux bénéficier d’un nombre incroyable de « leçons particulières », des leçons où les élèves que nous étions devaient s’exercer sans cesse à penser par eux-mêmes… Mais je ne voulais pas que l’espèce de gigantisme de l’entreprise cache ce qui a d’abord été une aventure intellectuelle, une expédition intérieure : un art de la lecture. D’où la publication de Mon reliquaire, ce livre né, à ma grande surprise, d’une proposition de Thierry Bouchard, qui dirige la collection « Théodore Balmoral » chez Fario. Il avait imaginé de rassembler tous mes articles sur la littérature en vue d’un livre qui devrait s’appeler Ma librairie. Et puis, à l’instigation de Gilles Ortlieb, l’idée s’est imposée d’en extraire les textes concernant l’exégèse et de les compléter par de nouveaux.
Qu’est-ce qui vous disposait à cette étude, à la fois riche et austère ?
Eh bien rien d’une certaine façon ! – à part le fait de baigner dans une culture où les références au...



