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Poésie Quoi est quoi quand tout est autre chose ?

janvier 2025 | Le Matricule des Anges n°259 | par Richard Blin

Parfois funambulesque, intempestive souvent, un peu à côté, un peu ailleurs, la poésie d’Olivier Liron relève d’un réalisme paradoxal autant que d’une rhétorique éméchée de la surprise et de l’effet. À découvrir.

Paysage avec koalas

Avant de nous inviter à sa suite dans un paysage avec koalas, Olivier Liron (né en 1987) tient à mettre les points sur les i en nous posant – par l’intermédiaire d’Éric Chevillard qu’il cite en épigraphe – cette question : « S’il n’y avait pas le koala là qu’y aurait-il on se le demande il y aurait qui il y aurait quoi en ses lieu et place vous peut-être ? » C’est autour de ce « vous » énigmatique mis à distance et comme diffracté dans la figure du koala – ce petit mammifère marsupial, qui ressemble à un ourson, et qui se nourrit de feuilles d’eucalyptus – que cristallise une poésie/écriture faite de décalage, d’humour et de modification des échelles de valeur, ce qui maintient le dit dans une sorte d’entre-deux – entre le trop de sens et l’insignifiance. Poésie/écriture qui expérimente et détourne, déshabitue et défamiliarise, tout en n’étant dupe de rien. Un peu comme s’il s’agissait de démontrer que le langage, à défaut de pouvoir lutter contre l’ordre des choses, pouvait néanmoins être le vecteur d’une relation transversale au réel, pouvait traduire une forme originale de perception du monde et témoigner d’une façon singulière de ressaisir les choses qui nous affectent.
Et l’auteur de donner le ton en pastichant la phrase liminaire d’Une saison en enfer. « Sauf bêtise de ma part, corrigez-moi, jadis votre vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient, je m’en souviens parfaitement, c’est une chose que d’ailleurs j’avais notée, j’eusse aimé en faire un poème de saison. » Comme il n’est pas Rimbaud, sa « saison en enfer » à lui ne sera qu’un « conte d’automne, une histoire / sans histoire, si vous préférez, une chanson // pour rien, une chanson d’automne aux confins de la Bretagne, de l’invitation au voyage et de l’océan Indien ».
Une chanson qui cherche à retrouver le goût et l’appétit du festin ancien – « Des nuits fauves, du champagne, une soif plus ténue, une boue de mauvais fleuve, de la farine, un peu de félicité riveraine, l’eau a l’ébriété de l’eau, des morsures de miel noir, le fleuve, se disaient-ils, la nuit encore. » – sur le mode du fragment et à la manière d’une parade plus ou moins sauvage, pleine d’inattendu, de fantaisie, de raillerie. Une façon de dire le monde dans un langage décalé, extravagant, où le réel se dissimule derrière des détournements ludiques comme ceux qui nous valent un Art poétique en natation synchronisée, petit bijou de loufoquerie. Il joue, Olivier Liron, de la coexistence d’événements contradictoires – « Il n’existe pas de poèmes d’amour qui parlent de koalas, c’est étonnant. » – et d’un sens résolu de la subversion. « On n’a pas attendu que Novalis nous contât la Fleur Bleue introuvable, la Fleur Bleue de l’Amour Absolu (…) On n’a pas attendu la littérature pour confier à une petite fleur bleue le secret de la fragile félicité terrestre (…) Si nous nous débarrassions une fois pour toutes de la littérature  ?  » Ce faisant, il maintient le poétique à distance du grave, fuit toute forme de pathos et de lyrisme en même temps qu’il réhabilite la poésie comme « supplément de joie ». Le rire, la joie comme contre-poison aux amours mensongères. « Arbore ta joie de grands êtres, de noyés tristes et de charmes en fleur. Et que nul ne doute… ni de la beauté, ni des petites comptines, ni des poignards de soie, ni du ciel grand ouvert. »
Par voisinage mental, distorsions, saisies d’équations intimes, se développe une « poésie dégénérée, sans appartenance à une catégorie univoque, habitant le hors-champ, en conflit avec l’ordre établi par le frissonnement des espaces et les classifications essoufflées du réel ».
Défaire nos logiques ordinaires, faire surgir des ivresses vagabondes, jouer des hybridités incongrues et du non-sens, c’est aussi favoriser des expériences de conscience inédites mais tout aussi (im)probables et intenses que celles que procure la réalité. C’est surtout inverser la mélancolie en gaieté et reconnaître qu’il n’y a pas de vérité générale mais seulement la vérité possédée « dans une âme et un corps » comme le constatent les derniers mots d’Une saison en enfer. De même qu’« il n’y a pas de poème en soi mais en toi en moi il n’y a pas de / tristesse en soi mais en toi en moi il n’y a pas de joie en soi / mais en toi en moi / il y a le mot soleil qui s’accroche à ton sourire / il y a un sourire qui parle d’un soleil // c’est // si simple // c’est aussi simple qu’une chanson ».

Richard Blin

Paysage avec koalas, d’Olivier Liron
Corlevour, 96 pages, 16

Quoi est quoi quand tout est autre chose ? Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°259 , janvier 2025.
LMDA papier n°259
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