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Domaine français Le port des âmes qui se cherchent

avril 2025 | Le Matricule des Anges n°262 | par Anne Kiesel

Autrice subtile, Marie Redonnet donne à voir un monde fragile et touchant, en bordure d’un estuaire étrange.

Marie Redonnet publie peu mais beau, depuis son premier roman Splendid Hôtel, en 1986. Ont suivi une dizaine de titres seulement (si on excepte le théâtre et les contes), chez Minuit, puis P.O.L, et enfin au Tripode. Son écriture, singulière et personnelle, tend avec grâce vers l’universel. Rien de compliqué, des phrases simples – on ne va pas dire enfantines, mais il y a cette idée de se mettre à la hauteur de personnages qui ne sont ni sophistiqués ni particulièrement favorisés par les puissances de l’argent. 
Dans Port L’Étoile, on suit Maria (une lettre de différence avec le prénom de l’autrice…), au seuil de sa vieillesse, qui a effectué des choix de vie. Quitter le père de son fils –et accepter de s’éloigner du fils –vivre avec un autre homme, dans une autre ville. Port L’Étoile n’est pas située. La malice intelligente de Marie Redonnet, qui en dit le moins possible, le dispute au plaisir du lecteur, lequel tente de saisir des bribes d’indices. Est-ce en Afrique ? En outremer ? Les bases vacillent. Maria rame un peu, dans sa nouvelle vie, dans ce nouveau domicile portuaire, avec son nouvel homme qui picole. « Si les fondations de l’enfance sont solides et bien profondes dans la terre, elles donnent la force d’affronter la vie. Si elles sont mauvaises, il faut se battre pour se construire. Moi, mes fondations avaient de graves défauts, alors j’ai dû sans cesse y remédier. »
La ville qui donne son titre au roman est organique. Elle grandit, se transforme. Des quartiers se dégradent, d’autres se construisent, elle est comme un poulpe aux mille bras, tantôt protectrice, tantôt dangereuse. Il y est question de bars, de librairies, d’écriture en train de se faire, d’une maison d’édition, de groupes de musiciens, de boxe, de femme de ménage, de gens qui se battent pour vivre, voire pour survivre, qui se mettent en grève. C’est la culture et la solidarité, et c’est parfois la solitude toute nue. 
Comment fait-elle, Marie Redonnet, pour manipuler ces concepts sociologiques, et les traduire aussi directement dans ses personnages ? Et, nous, lecteur, sommes-nous vraiment dans un pays lointain, ou plutôt dans une dystopie proche (géographiquement et temporellement) ? « Les anciens docks sont devenus des squats. Des clubs aux allures louches et aux noms bizarres s’y sont installés, Le Vampire, Le Mastodonte, Le Jack Pot, La Terre Brûlée, La Fièvre Aphteuse, La Pieuvre Rouge. Le bord de l’estuaire n’est pas un lieu de promenade serein. » La ville n’est pas claire, pas lisible. Nous sommes dans le temps présent, mais il n’y a ni carte ni GPS, Maria doit se bricoler sa propre géographie urbaine, par bribes, dans un carnet, avec un crayon. Comment appréhender concrètement un réel qui glisse de partout…
Plus le roman avance, plus Marie Redonnet dézoome et élargit la focale. Dans le dernier tiers du livre, sans révéler ce qui s’y passe, on aborde les grands thèmes qui agitent notre monde en ébullition. Crise de l’accueil des personnes émigrées, populisme, montée de l’extrême droite, violences faites aux femmes. L’autrice a la dignité de parler de ses personnages sans poser d’étiquettes. C’est au détour d’une phrase allusive qu’on découvre que tel personnage, qu’on côtoie depuis cent pages, a vraisemblablement la peau noire. Quelle importance ? Mais qui d’autre que Marie Redonnet écrit ainsi ? Même chose pour celles qui fréquentent le centre social d’un des quartiers de Port L’Étoile. Elles portent un foulard. Où est le problème ? Nulle part dans les mots de l’autrice. Hélas, dans le récit (et dans la réalité du monde), ce n’est pas si simple.
Finalement, non, Port L’Étoile n’est pas au bout du monde. Elle est ici, tout près, à la porte. Une lecture aussi émouvante et touchante que salutaire.

Anne Kiesel

Port L’Étoile, de Marie Redonnet
Le Tripode, 192 pages, 17

Le port des âmes qui se cherchent Par Anne Kiesel
Le Matricule des Anges n°262 , avril 2025.
LMDA papier n°262
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°262
4,50