La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
ZA Loup à Loup 83570 Cotignac
tel ‭04 94 80 99 64‬
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Textes & images Traits et portraits

juin 2025 | Le Matricule des Anges n°264 | par Delphine Descaves

Dans ce Journal d’un dessinateur de presse, Sergio Aquindo revient sur vingt ans de travail et de créativité, nous offrant une plongée éclairante dans les coulisses de ce métier, qui est aussi un art.

Tout va mal. Journal d’un dessinateur de presse

Le dessin de presse, c’est là tout son défi, doit nous marquer immédiatement. Concis, il doit raconter ou dénoncer une guerre, un fait divers, un problème de société, un drame collectif. Face à cette gageure, Sergio Aquindo fait pourtant le choix d’un dessin extrêmement travaillé – alors qu’il n’a souvent qu’à peine une journée – ou une nuit ! – pour le réaliser et le rendre. Ainsi, ce Journal révèle en réalité une œuvre graphique pleine et entière. Aquindo est, notamment, un admirable portraitiste. Il écrit à propos de Foucault : « Au début ce n’étaient que des Michel approximatifs, des sosies plus ou moins méritants, mais pas Michel. Là, c’est lui. » Heidegger, Kafka, le pape Pie XII, Salah Abdeslam, François Hollande… et aussi des inconnus : il restitue les visages marqués, croque les corps, les postures, les mains, comme autant de signes à déchiffrer, d’ambiguïtés à interpréter. « Frères humains », coupables ou innocents, tous dignes d’être approchés, dessinés dans leur (souvent inquiétante) étrangeté.
Aquindo, en analysant son propre travail, le situe en permanence dans un tissu d’influences artistiques. Ses sources d’inspiration sont nombreuses et beaucoup de ses dessins sont des revisitations, voire des emprunts explicites ou des hommages à des œuvres ou artistes reconnus. Il ne s’agit d’ailleurs pas de simples clins d’œil mais plutôt d’une manière de se placer dans une lignée de créateurs, dont il est à la fois l’héritier reconnaissant et le généreux passeur. Son esthétique, lorsqu’il réalise certains dessins dans un tramé noir et blanc très sombre, peut rappeler celle de Goya ; d’autres évoquent – entre autres – les gravures de Gustave Doré ou les dessins de Max Escher. Sobres, souvent teintés d’autodérision, les textes qui accompagnent les dessins apportent une précieuse contextualisation et montrent le travail du dessinateur, ses sources, ses questionnements, parfois ses regrets, ses renoncements. Le dessin de presse apparaît comme une école de modestie, lorsqu’Aquindo commente par exemple un dessin sur la Syrie en 2014 pour le journal Le Monde, où il a voulu s’inspirer d’une photo très connue de Robert Capa pendant la guerre d’Espagne. Il la retravaille, en soigne l’esthétique. « Mais j’ai oublié le présent, la Syrie de Bachar. Et le journal. Qui n’est pas une galerie d’art. »
Ailleurs, il confie ses doutes sur la justesse, la justesse morale, d’un dessin réalisé en 2009, traitant des gacaca, ces tribunaux populaires mis en place après le génocide rwandais : « j’y vais directement à la plume et à l’encre de Chine, aux taches de couleur. En plein travail, quelques doutes : jusqu’où puis-je m’amuser avec un sujet pareil, le rendre beau, le ramener à de l’illustration ? Mais je n’ai pas le temps de tergiverser.  »
L’ouvrage s’achève sur son « journal d’un dessinateur au procès du Bataclan ». Là, Aquindo l’explique d’emblée, il aborde ce douloureux procès-fleuve avec un trait « léger et proche du croquis » inspiré de ceux de David Hockney dans les années 1970. Il opte pour la pudeur et s’efface au profit d’une ligne précise, qui cherche, sans effet, à restituer les acteurs – célèbres et anonymes – du procès. De ces mois éprouvants, il lui reste des croquis inachevés qu’il retravaille : « je dessine par-dessus le procès, ou le procès se poursuit ailleurs dans d’autres dessins. » Il fait une série de ces dessins retrouvés, sur lesquels il s’interroge avec une mélancolique perplexité dans les derniers mots de son Journal : « on fait des séries et on les nomme, pour se persuader que tout cela mène quelque part. Mais où ? »

Delphine Descaves

Tout va mal. Journal d’un dessinateur
de presse
, de Sergio Aquindo
Rackham, 201 pages, 30

Traits et portraits Par Delphine Descaves
Le Matricule des Anges n°264 , juin 2025.
LMDA papier n°264
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°264
4,50