Une amitié singulière. Correspondance 1944-1956
Ponge et Calet, deux figures littéraires qui prennent encore, et heureusement, la lumière. Ces dernières années, Michel P. Schmitt, l’un des tout meilleurs spécialistes d’Henri Calet (1904-1956), nous a ainsi donné des inédits de cet écrivain si attachant : Je ne sais écrire que ma vie et Mes impressions d’Afrique. Du côté de Francis Ponge (1899-1988), la récente parution chez Gallimard de sa correspondance avec Philippe Sollers ou encore la publication de la revue La Fabrique pongienne concourent à faire mieux connaître le personnage, auréolé d’un évident nimbe poétique. Il est assez étonnant que ces deux-là se soient à ce point entendus et appréciés : « Deux destins, deux tempéraments, deux carrières, deux œuvres tellement dissemblables ! (…) Une intelligence éprise de rigueur et de clarté face à la sensibilité d’un mélancolique impressionniste », résume l’universitaire Michel P. Schmitt qui a réuni leur correspondance – inédite – sur la période 1944-1956. Il est vrai que Ponge était aussi ciseleur de mots que Calet, lui, était un sensationniste un peu rêveur. Et pourtant, ils se sont bien trouvés. Un mois avant que Calet ne meure, à 52 ans, emporté par une crise cardiaque, Ponge lui écrit ceci : « La vie et l’art sont difficiles pour le commun des mortels, dont nous sommes ; c’est un bachotage perpétuel. On n’en finit pas d’apprendre des leçons (inutiles), faire des devoirs (mal payés) et de subir des jugements (aussi absurdes que décisifs). » Ce bachotage dont parle ici le poète, l’émérite professeur Schmitt l’éclaire en apportant, chronologiquement, une indispensable et passionnante mise en contexte, au fil des lettres, cartes postales et billets échangés entre ces deux hommes qu’unit un lien inattendu. C’est toute une époque d’après-guerre qui réapparaît dans ces pages, entre ambitions créatives, soucis de santé et problèmes matériels. Figures pour beaucoup devenues tutélaires, Ponge et Calet suscitent donc toujours un bel intérêt, et à raison, ce recueil en témoigne.
A.D.
Une amitié singulière. Correspondance 1944-1956, de Henri Calet & Francis Ponge, PUL, 127 p., 15 €

