André Dhôtel, le fabuleux
- Présentation Un jour viendra
- Papier critique Le courage et la chance
- Bibliographie Bibliographie sélective
- Autre papier D’ailleurs à nulle part
- Entretien La pudeur et le secret
- Autre papier Dhôtel en Grèce
- Autre papier Cet hiver-là, il m’avait à l’œil
- Autre papier Si Julie et Maxime
- Autre papier Dhôtel, une paix inconcevable
J’ai rencontré André Dhôtel en regardant le ciel des Ardennes. Des photographies prises et offertes par le fabuleux Louis Watt-Owen sur son blog : la Main de Singe.
La première image, contre tous les principes de la photographie, donne à voir un ciel à contrejour. Avec ce contrejour, on est d’emblée dans un roman d’André Dhôtel. Ses héros, tout en sachant ce qu’ils devraient faire pour s’élever, se débrouillent toujours pour se dérober. Il leur faut tomber pour vivre. Ce qui me plaît surtout ce sont les longues errances qui précèdent la chute ; leurs tâtonnements ; leurs attentes. Dhôtel nous apprend à attendre avec eux, à goûter cette attente. Dans leurs parties de pêche (une canne pour deux), Dhôtel disait à Patrick Reumaux : « les gens, surtout à la campagne, passent leur vie à attendre un événement impossible qui ne manquera pas d’arriver. »
Tentation de tragédie grecque dans des Ardennes pouilleuses ? Non. Chez Dhôtel, le tragique est bien là mais il n’y aura ni héros, ni martyr. Les personnages regardent ailleurs. C’est cela qui les rend si attachants. Ils sont là pour tomber comme le blé pousse pour être fauché. Ils seront un élément parmi d’autres. Dhôtel retarde continuellement l’action romanesque pour nous dire le ciel, la rivière, les herbes ; toutes choses d’égales importance et beauté.
Sur une deuxième photographie : un vieux chêne flirte avec un nuage tiré à quatre épingles, un banc – Dhôtel se promenait par là.
Je l’imagine installé ici, engrangeant quelques “plaisirs champêtres” : Il s’assit et cueillit une tige de graminée. C’était une agrostis aux innombrables épillets.
Jean-Claude Pirotte dit que le merveilleux chez Dhôtel provient d’une description minutieuse : « Cette précision rigoureuse, hallucinante de l’écriture confine à la magie, pour la bonne raison dirait l’auteur sans doute, que simplement la vie est magique. »
Pour moi, la magie des romans de Dhôtel tient à une opposition, un contrepoint entre les descriptions de la nature et les motifs des personnages. Nous pouvons regarder et nommer le paysage, mais nous ne parvenons jamais à voir clairement en nous-mêmes. Le contrepoint se résout quand le personnage tombe dans la nature, quand il devient élément d’un ensemble plus vaste.
Dans sa correspondance avec Jean-Pierre Abraham, Dhôtel écrit : « Et que leur dire, sinon qu’il y a des oiseaux, des étoiles comme vous savez et puis ces vides, qu’on ne peut que tâtonner à cause de ces merveilles, au lieu de donner dans le beau et le bon style et qu’un livre est fait de ce qu’on n’aura jamais pu dire. »
Sur une troisième photographie, on voit un orage crever la nuit au-dessus de Roche. On regarde ce ciel comme un personnage des romans d’André Dhôtel. On attend. On sent qu’on va tomber avec la pluie.
Pluie.
Rayas Richa
* Dernier livre paru : Les Jeunes
Constellations. Une croisade buissonnière (Quidam,...

