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Dossier André Dhôtel
Si Julie et Maxime

mars 2026 | Le Matricule des Anges n°271

Si Julie et Maxime, Bernard, Marie-Noëlle et tous ceux qui peuplent les romans d’André Dhôtel nous touchent tant, c’est parce qu’aux heures déprimées du jour, nous voudrions nous aussi faire l’école buissonnière : par la fenêtre grande ouverte rejoindre les chardonnerets qui font ripaille au fond du jardin, emboîter le pas du renard qui s’enfonce dans les bois, emprunter à notre tour cette passe qui est leur demeure. Il suffirait de nous élancer par la croisée sur les voies embrouillées de l’inconnu, en marge des grands embouteillages du présent, pour que nous retrouvions les rigueurs et les fantaisies du temps au pays des étourneaux.
Mais faute de la détermination et de l’insouciance des héros de l’Ardennais, nous nous rabattons sur l’un ou l’autre de ses livres qui, par procuration, nous déposent dans l’arrière-cour d’une scierie, la roulotte d’un ferrailleur ou à la table de jeunes écervelés, tous habités par la certitude qu’il existe en dehors du monde un monde, un monde au milieu du monde. Solitaires et lumineux, ils ont un emploi et ne se mêlent ni de poésie ni de philosophie, ils se gardent de heurter les conventions et portent haut les règles de la politesse et de l’hospitalité. Et c’est en sautant du coq à l’âne, sans arrière-pensée, qu’ils touchent aux merveilles qu’ils pressentent et qui les portent ; en se soumettant à la pesanteur et à la rose des vents qu’ils s’ouvrent à l’inconnu, comme les papillons et les samares. Ils sont pleins de confiance, prennent soin de leurs cabanes qui sont comme des palais que personne ne leur dispute. Jamais Stanislas ou Martinien n’ont songé à s’opposer aux lois que la nature leur impose ni à ignorer celles que les hommes leur ont confiées. Ils se tiennent en retrait des grandes messes et des empires ; ils préfèrent les chuchotements aux cris, les détours aux bousculades, les petits incidents aux affrontements.
Ils se donnent rendez-vous dans les campagnes désertées ou le long des rivières trop souvent punies, à Notre-Dame-des-Landes ou au Mormont ; ils se réchauffent autour d’un bol de soupe dans les squats des grandes villes, soufflent sur les braises dans le bois de Ban ou la forêt du Risoux. Journaliers et orphelins, chiffonniers, pèlerins, taupiers ou migrants, ils vivent dans l’assurance que l’avenir n’est pas dit. Aucune nostalgie chez ces gens-là, aucune trace de piété évangélique non plus. Ils ont hâte de goûter demain, dans la boue des aurores, au soleil qui revient et, dans les passes lumineuses qui s’ouvrent au milieu du jour blanc, des coulées d’espérance.

Jean Prod’hom

* Dernier livre paru : Un jardin sans clôture
(Labor et Fides, 2024)

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