André Dhôtel, le fabuleux
- Présentation Un jour viendra
- Papier critique Le courage et la chance
- Bibliographie Bibliographie sélective
- Autre papier D’ailleurs à nulle part
- Entretien La pudeur et le secret
- Autre papier Dhôtel en Grèce
- Autre papier Cet hiver-là, il m’avait à l’œil
- Autre papier Si Julie et Maxime
- Autre papier Dhôtel, une paix inconcevable
Ainsi passe et s’annonce parfois une paix inconcevable » (DVCF). Ce qui peut rendre cette phrase de titre « inconcevable » pour le lecteur non préparé, c’est « passe et s’annonce » au lieu de s’annonce et passe. L’écriture très lisible d’André Dhôtel se présente souvent par de tels décalages mais les affirmations déjà peu assertives en paraissent plutôt adoucies qu’inquiétantes. Ainsi lorsqu’on peut remarquer qu’une assertion, par exemple « Julien fut effrayé par cette violence inattendue » est suivie par une autre contradictoire « et il semblait aussi qu’un songe d’une douceur inconnue s’élevait… » (VF), ce n’est jamais ressenti comme une véritable opposition mais comme une alliance d’états. Une situation tendue et dramatique est ainsi liée dans un même présent à une autre différente souvent heureuse et apaisante. Les affirmations peuvent être aussi atténuées par une forme à la signification flottante : « Tous deux étaient d’avis qu’on attendait quelque événement venu de la plaine ou d’ailleurs quelque chose qui ne se produirait pas et que néanmoins on devait faire semblant d’attendre, l’espace d’un clin d’œil » (VF). Ces éléments soulignés n’indiquent pas l’arbitraire et les indécisions du propos, comme en jouent certains modernes ou post, ils créent une indétermination propice pour accueillir ce qui submerge lorsque « la plaine se découvrait soudain avec son soleil… » (VF). Ces deux courts exemples montrent comment par atténuation s’installe un climat sans tension d’intrigue qui permet aux histoires de se prolonger « si on le veut bien » (DVCF) par accumulation d’actions sans les rendre trop définitives pour qu’elles n’engendrent pas des suites incontournables. Tout événement est ainsi en douceur libéré par l’infini de ce qu’on peut accueillir comme péripétie. D’une action s’amorce subitement une autre attendue ou inattendue, souvent c’est le paysage qui en fournit l’orientation, souvent c’est lui qui touche à l’épaule le protagoniste en lui offrant la bienveillance d’un accompagnement au-delà de sa volonté propre dans le vaste monde ouvert des événements sans fin.
La lecture d’André Dhôtel est salutaire car elle éloigne ainsi les violences et cruautés si expressives mais peu profondes qui, comme un couteau dans la plaie de l’insensibilité et du ressentiment, encombrent les littératures du constat au réalisme douteux. Par des actions et des affirmations adoucies se précisent des états émotionnels subtils et plus justes moins attachés à la subjectivité qu’aux multiplicités de ce qui s’éprouve, proche en cela de « l’autre état » de Robert Musil où vogue avec le monde l’infini des « sentiments ». Mais l’infini ainsi proposé c’est aussi la grâce de la jeunesse dans l’enthousiasme renouvelé, cher à Robert Walser, de ce qui est à vivre « …ne devons-nous pas tous nous élancer vers la vie » (VF). Et pour entrevoir tout cela au lecteur A. Dhôtel offre une « paix inconcevable » conçue avec subtilité et douceur…
Joël Roussiez JbrJ...

