Roman historique et autobiographie fictive, tels sont les axes délibérément choisis par la magistrate sicilienne Simona Lo Iocano (née en 1970). Nous voici transportés au XIVe siècle, au moyen de la voix d’une narratrice contrariée appelée Virdimura. Lorsque les scènes d’accouchement et de naissance se répondent de génération en génération, toute une fresque se déploie, tout un tableau de mœurs s’élargit. Venue d’une famille juive et d’un père qui dissèque les cadavres, elle étudie « une collection de tomes du savoir antique ». C’est compter sans la barbarie alentour, les exactions contre les juifs, le typhus attribué à celui qui avait prévu le mal, la maison détruite par une « horde de Catanais », la disparition du père aimé… Seule notre Virdimira prend soin des souffrances des corps et des âmes des femmes que la fermeture des églises contraint à ne plus pouvoir bénéficier du mariage. Mais, au plus fort du récit, l’héroïne subit « le harcèlement de questions ». Inflige-t-elle la stérilité, fait-elle « commerce de (son) corps » ? Fort heureusement, au sein d’un suspense bien mené, un homme providentiel vient se porter garant. Hélas, il lui faut affronter l’épidémie de peste. Enfin, en 1376, les « augustes docteurs (…) accordèrent à la doctoresse Virdimira la licence de soigner ».
Efficace plaidoyer, cette Guérisseuse de Catane est un roman plein de vie, mais aussi un révélateur de la condition des femmes savantes médiévales, que les préjugés associaient à des sorcières. Entre ses connaissances anatomiques, botaniques et son empathie envers les âmes, celle que l’on appelait d’une manière irrationnelle « guérisseuse » est en fait l’une des fondatrices de la médecine moderne.
Thierry Guinhut
La Guérisseuse de Catane de Simona Lo Iacano
Traduit de l’italien par Serge Quadruppani, Métailié, 176 pages, 20 €
Domaine étranger La Guérisseuse de Catane
mars 2026 | Le Matricule des Anges n°271
| par
Thierry Guinhut
Un livre
Par
Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°271
, mars 2026.

