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Poésie Un rêve lent

mars 2026 | Le Matricule des Anges n°271 | par Emmanuel Laugier

Guillaume Boppe offre avec Un rêve lent un livre de vingt séquences où les lieux réels croisent sans réserve les milliers d’autres plateaux dont le réel (dont tout rêve est peut-être le moyeu caché) est fait. De ce postulat, vérifié, enduré, traversé, la remarque du poète Yann Miralles à propos de la logique d’écriture de Boppe est tout à fait opportune : « les poèmes de G. B ont la curieuse propriété d’opérer un double mouvement, d’apparence contradictoire, de prolifération et d’évidement ». Cette logique lente est aussi à l’œuvre dans ce livre, qui semble avoir pour arrière-plan Le Miroir (1975) du cinéaste russe Andreï Tarkovski. La scène inaugurale (l’examen d’un bègue dont il est attendu qu’il prononce la phrase « Je veux parler »), le rêve où le visage de Maria est troublé par son reflet dans l’eau d’une bassine, en sont, entre autres réminiscences, moteur, notamment par l’usage des répétitions, les relances : « Mais par la fenêtre du train,/par la fenêtre, de portes en portes », « Un instant murmure qu’il s’en va,/un instant pauvre et Sali,/grisé par le temps,/un instant là-bas enlisé », « Mais plus bas, plus bas encore,/à ses formes en surface/– à ses formes dans la brume/et dans le tremblement du froid,/à ses formes là-bas enfuies –,/à ses formes elle est revenue ». Le revenir, la volonté de retourner de nouveau vérifier la source d’un miroir à la surface définitivement piquée, et le revoir qui lui est contigu, forment le ralenti du plan séquence de ce poème, l’insistance avec laquelle il cherche son motif. Nous ne saurons pas si celui-ci s’attache à des pierres tombées, à l’enfant, au chemin, à la rive ou au train qui s’éloigne. C’est que le mouvement, dans le poème de Boppe, n’a pas une seule origine, il vient et s’attache à plusieurs sujets, il les touche simultanément, comme hors du temps. C’est le propre, sans doute, de tout rêve, ralentissant sa fuite, son oubli, le précipitant vers « ce qui ne se dit jamais ».

E. L.

Un rêve lent de Guillaume Boppe
Anima, 76 pages, 12

Le Matricule des Anges n°271 , mars 2026.