Si l’on déplie la jaquette du livre et qu’on l’observe à la lumière du soleil, les formes qui paraissaient obscures lorsque, repliées, elles protégeaient l’ouvrage, révèlent par transparence le portrait de femmes. Comme une encre magique, l’argent de l’impression offre à voir des Anglaises de l’époque victorienne qui veillent comme des gardiennes sur le livre. Les femmes, du reste, sont le sujet principal de cette anthologie très personnelle. Parmi elles, Sandra Moussempès elle-même, poète sauvée par les mots des troubles de l’existence. C’est dans l’écrin baroque et noir de la brasserie Le Zimmer, place du Châtelet, à Paris, que l’auteure de Chambre obscura nous a révélé les mystères du clair-obscur et des angles sombres de sa poésie et de ses fantômes.
Sandra Moussempès, vous publiez une « Anthologie augmentée », qu’entendez-vous par là ?
Je voulais sortir de l’anthologie classique, livre par livre. Donc tout a été réorganisé par thématiques avec de nouveaux titres de sections et non chronologiquement. Outre les poèmes extraits de chacun de mes livres, cette anthologie comporte aussi une introduction que j’ai rédigée, des poèmes inédits récents, des contributions d’autres critiques littéraires, universitaires ou auteurices autour de mon travail. Il y a même un collage de la poète Liliane Giraudon… et une anthologie sonore en QR code de onze titres, avec des collaborations. Comme un bonus ! Ainsi qu’un design élaboré du livre avec des photos de l’ère victorienne à l’intérieur sous forme de cahier, un jeu de surimpression qui donnera lieu à deux couvertures différentes. Chambre obscura est donc une anthologie augmentée dans sa forme, son contenant et son contenu.
Votre tout premier livre, paru en 1994 chez Fourbis, s’intitulait Exercices d’incendie. Vous vouliez mettre le feu ? À quoi ?
J’étais en colère, il s’agissait d’exercices de survie suite à des traumas. Un syndrome de Stockholm aussi dont je n’avais pas conscience à l’époque, quelque chose devait sortir à un moment, sous forme de poèmes, en même temps que d’un univers onirique ou londonien. Mettre le feu aux faux-semblants, aux non-dits, par le biais de jeunes filles étranges sorties d’un conte de fées détourné. Mettre le feu à l’omerta peut-être aussi même si à cette époque je n’analysais pas les choses, mes poèmes me traversaient, l’écriture me permettait de me battre avec les mots plutôt que physiquement. Mais également une forme de purification par le feu, presque méditative. Un haïku « Partir en fumée » évoque un besoin de vide aussi. Transmuter dans un grand feu. Celui du poème.
Une catharsis… Vous viviez à Londres alors ? Vous avez connu une existence nomade pendant plusieurs années…
Oui, je vivais entre Paris et Londres, puis complètement à Londres un temps dont j’adorais l’atmosphère. J’y faisais aussi de la musique. J’ai effectivement vécu en nomade dans les années 1990. Puis en 2001 j’ai quitté Paris pendant...
Dossier
Sandra Moussempès
L’intranquille cheminement d’une femme sauve
avril 2026 | Le Matricule des Anges n°272
| par
Éric Dussert
Publiée depuis 1994 avec ses Exercices d’incendie, Sandra Moussempès explore les perturbations de l’âme, la puissance des sens et le trouble des images.
Un auteur

