Romancier abondant, Hubert Haddad ne saurait négliger la nouvelle. Il la compare « au saut à la perche » : « On commence par poser un mystère. On l’amplifie pour faire durer. On parvient au point ultime d’énigme ». Sans nul doute ce dernier recueil répond avec assurance à ce défi. Dans « La Nuit des juges », sur une propriété de Sologne, règne un « pervers monomane ». La partie de chasse conduit à un étrange procès à l’issue duquel un « visage recouvert de sang » se donnera la mort. Plus loin, des « limiers de bibliothèque » sont à la recherche d’un « livre légendaire », selon le titre. Serait-ce en abyme celui de notre auteur ? Incinéré avec ses manuscrits, Carl W. Lutzwein, écrivain passablement orgueilleux, bibliophile compulsif, auteur du Livre des légendes, fut l’objet de l’admiration de la jeune Katrin. Qui sut se nourrir de son maître pour créer son propre livre, aux clefs trop transparentes. Ne reste à Carl qu’à vainement fomenter son « livre perdu ». Ces cendres encore brûlantes vont-elles le venger ?
Les tentations de l’art, d’Éros et de Thanatos hantent ces pages, parmi « Le sentier des ruches », « Crime d’honneur » ou « Le Cor de nuit », qui présente l’atelier d’un peintre. Un monde dévasté brise les frontières, une centrale nucléaire explose, une dictature interdit bien des livres, lorsque ne sont autorisés que « la littérature de confort » et les « problèmes sociétaux abordés d’un point de vue doctrinal ». L’écriture manuscrite est elle-même pénalisée… L’on ne sait laquelle de cette douzaine de nouvelles il faut préférer : il nous faudra bien toute une « nuit des juges » pour en délibérer. La richesse du vocabulaire, la brillance du style, l’art du récit, tout enchante chez Hubert Haddad.
Thierry Guinhut
La Nuit des juges, de Hubert Haddad
Zulma, 240 pages, 19,50 €
Domaine français La Nuit des juges
avril 2026 | Le Matricule des Anges n°272
| par
Thierry Guinhut
Un livre
Par
Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°272
, avril 2026.

