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Poésie Décalage(s) Hocquard

avril 2026 | Le Matricule des Anges n°272 | par Emmanuel Laugier

Dans À distance, Françoise Laroque fait le récit de sa relation à Emmanuel Hocquard, offre quatre lectures de ses livres, alors qu’au milieu, posthumes, les lettres du poète qu’elle reçut révèlent les écarts tenus entre vivre et écrire.

Étrange livre que ce À distance, que la critique et traductrice Françoise Laroque signe avec le poète Emmanuel Hocquard (qui n’en savait à priori rien). Étrange par la forme revendiquée d’une combinaison entre différentes écritures réunies, différentes temporalités. À distance se compose de trois liasses d’écrits (si l’on excepte le lettre-adresse finale d’un certain David à F. Laroque et E. Hocquard) : le « récit » de F. L de sa relation avec E. H titré « D’une destinataire ». Le choix de lettres écrites par E. H à F. L, du 17 octobre 1971 au 5 juin 1983, suivi de celle (unique) que lui adresse F. L trois ans après sa mort (2019), puisque ses propres lettres n’y ont pas été volontairement mises en regard. Enfin les quatre études que F. L fait de différents livres d’E. H. Ces précisions établissent le protocole du livre, qui n’est donc pas une correspondance. Mais un carrefour d’indices entre vie et écriture.
Au début des années 1970, le futur écrivain-poète Emmanuel Hocquard enseigne un temps l’Histoire, écrit, cherche à publier, notamment ce qui deviendra l’Album d’images de la villa Harris (1978), puis, après sept livres chez P.O.L, Les Élégies (1990). Quelques lettres en attestent (les éditions Oswald, Denis Roche pour le Seuil) avant que Paul Otchakovsky-Laurens n’entre dans la boucle des lettres, comme Paul Auster. C’est un Hocquard juste avant celui que l’on ne connaîtra comme écrivain qui apparaît ici, ou un entre-deux Hocquard, dont la décision centrale se logera assez vite dans l’invention d’un geste littéraliste : réduire, voire se passer de tout procédé métaphorique, s’éloigner de tout épanchement, des lyrismes et des pseudo-appels aux inspirations, comme de l’idée d’une profondeur cachée. C’est l’efficace de la surface plane, comme celle d’une photographie, que vise Hocquard. Histoire de remettre en cause les contraintes grammaticales pour inventer des « jeux » de langage par lesquels se façonnent d’autres façons de voir et de faire percevoir. Ainsi dans Une ville ou une petite île (1981) : « Une journée vide et la nuit/aussi avec le mouvement de/l’air sur les feuilles : aimer//Un rôle bref au bord de rien » qui, à bien des égards, rappelle, mais en resserré, en réduit, certains états décrits dans ses lettres.
Dans Le Cap de Bonne-Espérance (1989), Emmanuel Hocquard écrira de sa démarche : « de brusques contrastes entre un prosaïsme trivial et de nostalgiques élans de l’âme ; la rapidité des changements de ton, l’emploi d’une langue familière qui ne s’interdisait pourtant pas les emprunts érudits, les réminiscences mythologiques, le recours aux abstractions. » On aura aucun mal à y voir quelques ricochets entre ses livres et les lettres. Mais aussi avec la maison d’édition d’Orange Export Ltd (1969-1986), imaginée avec la peintre Raquel, et réunissant les écrivains de sa génération, dont Jean Daive, Claude Royet-Journoud, Pascal Quignard, Alain Veinstein, Anne-Marie Albiach, Mathieur Bénézet, etc. qui en constituent une modernité revigorante dite négative.
Le récit de Françoise Laroque rappelle en partie ces histoires d’amitié, de travail, les désirs et d’amour (parfois) déçu. Les lettres d’Hocquard en témoignent également, mais elles sont travaillées par une distance qui sera active autant dans sa façon de vivre que d’écrire. La vie ordinaire, quotidienne, construit leur armature, et leur fragilité (parfois déceptive), les difficultés, telle la lassitude du séjour américain à Iowa City (bien loin de l’image de cette conversation transatlantique qu’Emmanuel Hocquard revendiquera plus tard par la traduction de poètes américains et le travail de la collection « Un bureau sur l’Atlantique ») : « J’attendais le froid, le repli, la saison des lampes et de la réflexion. Du feu où l’on consume l’excédent des pensées et de la mémoire accumulées » (4 novembre 1984). Ces lettres incarnent autant ce mode « mineur » (à venir dans ses livres) souvent évoqué, que, par leur ton, une forme de nonchalance, de détachement. De détails triviaux (trop de cigarettes et de bourbon) aux déconcertantes remarques, une sincérité (mot trahi, traître mot) se dégage pourtant. Une personne qui ne se la raconte pas, pour laquelle choisir, paradoxalement, aura été ne pas renoncer.

Emmanuel Laugier

À distance. Lettres. Récit. Lectures, de Françoise Laroque / Emmanuel Hocquard
Ensemble établi par David Lespiau, Éric Pesty éditeur, 276 pages, 28

Décalage(s) Hocquard Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°272 , avril 2026.
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