La rédaction Richard Blin
Articles
Assomption d'un pays dans une vie
Figure majeure de la littérature suisse romande, Maurice Chappaz (1916-2009) a consacré sa vie à la quête fervente d’un rapport humble et juste au monde, la célébrant jusque dans ses désillusions.
Il aimait les orages « en forme d’iris », les longues marches nocturnes, l’odeur de prunier dans l’air, les vallons sauvages, la neige, le vent, l’altitude. Alpiniste, vigneron, rôdeur de chemins de traverse et avant tout poète – « de nous tous, disait Jaccottet, le plus originellement, le plus spontanément poète » –, Maurice Chappaz fut le chantre de son Valais natal. Pour échapper à la destinée qu’on lui traçait – prendre la suite d’un père avocat et notaire – et dans le prolongement de ses longues marches en montagne, il prit le chemin de l’écriture et devint une sorte de poète errant,...
L’appel du sublime
En imaginant les dernières nuits de l’empereur philosophe que fut Marc-Aurèle (121-180), Didier Laroque nous donne un roman authentiquement littéraire, où la véhémence des idées et la grandeur d’âme le disputent à l’harmonie du sensible et de l’intelligible.
Quand Marc-Aurèle, en 178, reprend le chemin de la Germanie pour diriger une nouvelle guerre de défense contre la pression invasive des Quades et des Marcomans qui, refusant la pax romana, ont à nouveau franchi la frontière orientale de l’Empire, il ne sait pas qu’il entreprend son dernier voyage. Touché par la peste, il décèdera en mars 180, à 58 ans, dans un lieu mal défini quelque part du...
Un auteur
Les sortilèges d’une poésie du vertige
D’une beauté inquiétante, la poésie de Sandra Moussempès, portée par la puissance iconoclaste d’une écriture gouvernée par des processus de hantise et le questionnement de l’identité féminine, bouleverse notre sens du réel.
Lire, écouter Sandra Moussempès, c’est accepter d’être affecté, d’entrer dans un univers de mondes emboîtés les uns dans les autres, d’être pris dans des jeux de miroirs qui font de chaque poème un objet d’anamorphoses. C’est découvrir une écriture syncopée qui opère par blocs d’émotions et de perceptions, d’éclats de mémoire et de conflagrations sensorielles. Dénudant l’apparence, explorant...
La transmutation du monde en beauté de langue
Loin des commodités du roman courant et de la compulsion moderne au discontinu, la prose romanesque de Jean-Paul Goux fait de la matière de la langue la source même de l’émotion littéraire.
On n’entre pas tout uniment dans l’univers de Jean-Paul Goux, mais il ne faut pas longtemps pour que son écriture agisse et que l’on sente œuvrer la singularité d’un ton, la profondeur d’un éprouvé, la tension d’une voix. Quelqu’un nous parle, s’adresse à nous, sollicite notre écoute, nous subjugue par la force d’entraînement de sa pensée parlée en mouvement. Une voix, portant la présence...
Entre vertige et délire
Emphatiquement mélancolique et subtilement kafkaïen, le nouveau livre de Jean-Yves Jouannais nous plonge dans l’après-guerre de l’Allemagne en pleine dénazification.
Faire d’« une forêt » le titre d’un livre, c’est le placer sous les auspices du sombre et du sauvage, de l’angoisse et de la germanité aussi, ce que confirment les premières lignes dudit livre, qui évoquent l’arrivée, en février 1947, d’un capitaine de l’armée de réserve américaine, dans une gare où l’attendent une jeep et son chauffeur.
Direction Brême, à travers une forêt « plus dense que...





