La rédaction Richard Blin
Articles
« Une façon de parler pour quelques vivants »
Dans un livre qui tient de la fantasmagorie apologétique, et au terme d’une œuvre quasi achevée, Jean-Luc Steinmetz se retourne sur sa vie d’homme d’écriture, de poète mal – ou pas – entendu, mais porté par un désir constant de franchissements et d’affranchissements.
Aller aux choses mêmes, répondre aux sollicitations des réalités les plus immédiates, saluer la beauté, ralentir la fuite du sensible, miser sur des formes cherchant à rendre solidaires le sujet, le langage et le réel comme pour mieux y sertir ou y recueillir le bonheur de l’instant ; tout jouer sur des signes et sur le désir de refonder à neuf – autant que faire se peut – le champ du vivable, c’est ce à quoi s’est voué le poète qu’est Jean-Luc Steinmetz. Spécialiste de la poésie de la fin du XIXe siècle, auteur d’ouvrages de référence sur Rimbaud, Lautréamont, Mallarmé, Corbière, Petrus...
Un livre
La Mort à Venise
de
Thomas Mann
Par-delà le bien et le mal
Histoire de regards et de mort, confession sublimée, La Mort à Venise, de Thomas Mann (1875-1955), raconte la descente aux Enfers d’un écrivain découvrant l’essence cachée de son être.
Paru en 1912, La Mort à Venise a été en partie inspiré par la propre fascination de son auteur pour un jeune Polonais rencontré lors d’un voyage dans la Cité des Doges. Il reparaît aujourd’hui dans la traduction de Philippe Jaccottet, la première de sa carrière (1947), et qui, appréciée par Thomas Mann, n’avait jusqu’ici été publiée qu’en Suisse.
L’histoire commence à Munich où vit Gustave...
Toros de mort
En expliquant ce qu’est un taureau de combat, et dans quel environnement naît un torero, Laura Kind veut en faire des symboles de la tragédie guerrière. Au détriment de ce qui fait de la corrida un art vivant et une esthétique du sublime.
Livre d’une poésie noire et vibrante, Le Destin connu des bêtes de combat a l’âpreté de la ruine et l’à-vif de tout ce qui excède la condition humaine. Présenté comme un roman faisant de la tauromachie une figure allégorique de la guerre, il est structuré comme une tragédie et se déploie à la façon d’un compte à rebours rythmant une marche à l’inexorable, au dimanche de Pâques de...
Un livre
La Remontée des eaux
de
Jean-Pierre Chambon
Plongée dans les eaux du souvenir
En une prose fluide et comme transparente, Jean-Pierre Chambon revisite sa mémoire liée à l’eau. Une remontée tout en sensations, saveurs et jouvence.
C’est manifestement le principe de plaisir qui a présidé à l’écriture de La Remontée des eaux. Un exercice de mémoire qui aura consisté « à essayer de ressusciter par l’écriture le passage de l’eau insaisissable, de retrouver, en les recréant, les lieux où j’ai croisé son cours et les moments où j’en ai été ému », nous dit Jean-Pierre Chambon (né en 1953 et qui publie depuis 1981). En trente...
Breton-Gracq, ensemble et séparément
Commencée en 1939, leur correspondance est la première à nous révéler le Gracq épistolier. Là où Breton rêve de liens « qui auraient seulement existé dans la chevalerie errante », Gracq, écrivain secret s’il en est, n’aspire qu’à être un ami fiable et une sorte de conseiller désintéressé.
Quand, en mai 1939, Gracq, jeune écrivain quasi inconnu, fait parvenir son premier livre à Breton, c’est d’abord l’auteur de Nadja et de Poisson soluble qu’il veut atteindre, le « Grand Singulier » plutôt que le chef du groupe surréaliste. Ce qu’il aime dans le surréalisme – qu’il a découvert alors qu’il venait d’être reçu à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (1930-1934) –, c’est sa...



