La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Le mur de l’Atlantide
Dans un court roman tendu entre deux époques, Maylis de Kerangal et Joy Sorman plongent dans la blessure d’une vallée condamnée sur l’autel du progrès.
Deux récits, marqués par deux couleurs d’encre différentes, s’imbriquent en alternance dans ce court roman coécrit par les romancières Maylis de Kerangal et Joy Sorman. Le premier fil narratif nous montre Tomi, ingénieur venu de Paris contrôler les installations hydroélectriques du barrage de Seyvoz. L’homme a conduit de longues heures avant d’arriver au barrage où personne ne l’attend. Il va...
Un auteur
Entrer dans la matière
Sorti de l’oubli des tiroirs, le roman de Pascal Commère ressuscite dans un chant coloré et liturgique les ombres d’une enfance.
C’est la voix d’un gamin solitaire qu’on entend. Adossé à un mur auquel il parle, n’ayant qu’aux pierres auxquelles pouvoir parler, il rassemble les images de sa rencontre avec Yan, arrivé dans sa vie quand son père à lui venait de la quitter. Yan, jardinier et maçon, figure des bistrots de cette campagne où l’on distingue mal ce qui différencie les hommes des bêtes, auquel l’enfant voue un...
La Guerre des riches
Le onzième livre d’Éric Vuillard pointe la responsabilité de la bourgeoisie et de la finance dans les massacres de la guerre d’Indochine. Dans un style impitoyablement vif.
En abordant la guerre d’Indochine, Éric Vuillard poursuit son entreprise de réappropriation de l’Histoire. Dans les coulisses de celle communément transmise où les dates et les batailles cristallisent l’attention, masquant ainsi la raison même des conflits. Une sortie honorable montre la responsabilité d’une classe dirigeante engoncée dans son confort bourgeois, le cynisme de la finance et la...
Un auteur
Ma vie des autres
En incarnant très souvent des personnages au bord de la folie, Julia Deck déploie d’impeccables mécaniques fictionnelles qui explorent nos angoisses et nos obsessions. Avec une mordante ironie.
Si Sigma, son troisième roman, semblait rompre avec ses deux premiers, Monument national, qui paraît ce mois-ci, pourrait clore la première « période » de Julia Deck. Plus en prise avec l’actualité immédiate, cette fiction poursuit l’exploration de thèmes récurrents chez la romancière en retrouvant le foisonnement de son troisième opus. Au fil des parutions, la voix de Julia Deck s’est...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...





