La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Un curé d’enfer
de
Jørn Riel
L’humanité bien conservée
Dans l’univers gelé du Groenland, Jørn Riel s’attache à une poignée d’hommes dont les histoires réchauffent les longues nuits de solitude.
Lorsque les Danois embarrassés par un prêtre extrémiste veulent l’envoyer dans un endroit où il ne saurait nuire à l’image que veut se donner l’église, ils l’expédient sur la côte nord-est du Groenland. Suffisamment « peu peuplée, il n’y habitait qu’une vingtaine de personnes disséminées entre les 71e et 80e parallèles ». Et de fait, lorsque le curé débarque là-bas, il scrute les visages des...
Miroir, joli miroir
Capable de parler brillamment de tout, Philippe Sollers montre qu’il sait aussi ne rien dire en se montrant bavard. Reste l’excitation du savoir.
L’histoire s’écrit toujours par les vainqueurs. Fort de ce principe et peu enclin à attendre le jugement du temps, Philippe Sollers sait s’entourer d’hagiographes. Soucieux, semble-t-il, d’imposer la pérennité de ses écrits et de sa figure, le bonhomme qui jouit de responsabilités chez Gallimard ne rechigne pas à ce que paraissent régulièrement des ouvrages à sa gloire. Comment, en effet, ne...
Un livre
Cenotaphe
de
Eugène Savitzkaya
Tombeau de la raison
Publication d’une suite de poèmes inédits d’Eugène Savitzkaya où la liberté arrogante s’offre un monde fabuleux et charnel.
Le titre, Cénotaphe, sonne bizarrement. Ce tombeau vide, de qui se veut-il la dernière demeure ? Sur sa grande couverture bleu (format A4) la signature du poète et la précision « Poèmes inédits - 1973 » apportent une possible réponse. Ce cénotaphe-là pourrait être celui du poète lui-même, ou plutôt de celui qui écrivit ces textes en prose il y a plus de vingt-cinq ans. De Savitzkaya,...
Un livre
Double Chant
de
François Cheng
Le vol suspendu du temps
En français et en chinois, les poèmes de François Cheng figent un instant de la vie de l’univers et en restitue le double chant terrestre et céleste.
Dans son écriture comme dans sa réalisation, le double recueil de poèmes de François Cheng laisse transparaître le désir de ralentir le temps, à défaut de l’arrêter. Dans leur tessiture et dans la magnificence de leur reliure à la chinoise, chacun des deux recueils rassemblés en coffret sous le titre Double Chant invite le lecteur à prendre le temps, à découvrir d’abord le chemin de...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


