La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Voyageur immobile
En huit textes subtils, le Mexicain Gonzalo Celorio nous transporte au cœur d’un Mexique où se métissent les cultures. Un voyage à déguster.
Inconnu en France, Gonzalo Celorio de part ses fonctions à la tête de l’Université de Mexico est une forte personnalité de la capitale mexicaine. A tel point que, à en croire son éditeur français, la tour d’ivoire dans laquelle il vit est une forteresse bien gardée contre l’insécurité qui règne dans la mégapole la plus peuplée au monde. Cette stature de dignitaire ne correspond guère à...
Des livres
Une photographie à Plata
de
Adolfo Bioy Casares
Ceux qui aiment, haïssent
de
Silvina Ocampo
Instantanés argentins
La réédition d’Un photographe à La Plata (paru en français en 1991) et celle de Ceux qui aiment, haïssent (1989) prouvent à nouveau la talentueuse élégance de Bioy Casares. Présenté comme une parodie éclairée des romans policiers du 19e siècle, Ceux qui aiment, haïssent a été écrit à quatre mains par l’Argentin et sa femme, Silvina Ocampo. Un exercice où « l’important, c’est l’amitié,...
Golden Ophelia
Stéphane Pielek a été pris sur le fait dans sa tentative de suicide. Pour être en règle, il doit faire une demande officielle auprès du commissaire afin de légaliser son geste fatal. Le temps d’instruire son dossier administratif, ce fleuriste à l’âme sensible pourra approfondir son dégoût de la société moderne qui remplace les belles fleurs par de pâles imitations en plastique. Chaque...
Pourvu que ce soit le dernier
Quand une nouvelle compte 160 pages, comme celle qui ouvre et donne le titre de ce recueil, on pourrait la considérer comme un roman. Mais, roman ou nouvelle, ce qui constitue ces genres, c’est notamment la littérature. C’est-à-dire un travail sur la langue, un style, une construction, une originalité et la capacité à raconter une histoire. De cela, nulle trace dans le livre de ce jeune homme...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



