La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Ironique mécanique
Les quatorze nouvelles du recueil de Quim Monzó manient la logique et l’absurde pour toucher à des situations extravagantes ou fantastiques.
Lorsqu’il invente l’histoire d’un cafard devenu humain sous le regard consterné de sa famille ou quand il s’intéresse aux retombées psychologiques de l’exploit de Guillaume Tell sur son fils, Quim Monzó joue avec les grands textes de la littérature. Mais sa vision d’une logique implacable, il la met aussi au service de récits a priori réalistes : histoire d’un candidat à une série d’examens...
Un auteur
Génération managée
Plus qu’un livre sur l’entreprise ou sur les années Mitterrand, le nouveau roman de François Salvaing est une parabole lucide de notre société.
En choisissant de raconter la vie d’un homme, Patrick Bardeilhan, durant les années 80, François Salvaing a réalisé un roman qui échappe à l’anecdotique. Certes, La Boîte s’attache, avec un effet de réel, à suivre l’évolution professionnelle et privée d’un cadre qui commence son ascension avec l’arrivée au pouvoir de la gauche. Dans un style jubilatoire, qui multiplie les raccourcis et sème...
Un livre
Marie-Hélène au mois de mars
de
Maxime-Olivier Moutier
Choc corridor
Un homme écrit depuis l’hôpital psychiatrique où il a demandé à être soigné. Un homme brisé. Rongé par une douleur atroce qu’on ne peut extraire sauf à le décerveler. Ecrite au présent de l’indicatif, rassemblée dans de courts chapitres dont la numérotation sonne comme un glas, cette confession sans pathos inutile n’est pas exempte de lucidité.
Maxime est aliéné après une tentative de...
Un livre
La Nuit du libertin
de
Jean-Claude Hauc
La nuit du libertin
Le narrateur de ce roman est un enseignant comme les parents redoutent que leur fille puisse en avoir un. Grand consommateur de jeunes adolescentes, son intellligence, sa culture et sa connaissance passablement cynique des jeunes âmes lui apportent chaque année une belle qui, dès septembre, entre dans ce qu’il appelle son carrousel. Un manège libertin dont il se convainc qu’il est aussi,...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


