La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Dans le passage et la nuit
de
Georges Drano
Dans le passage et la nuit
Variations sur le chien, ce recueil se dérobe, et glisse sous les sens. Le chien est aussi bien la constellation, que l’ami fidèle qui « allume des fenêtres à nos pieds ». C’est aussi une présence, le nom d’un invisible et ce qui « Chien éclaireur,/ Lève la trace de la nuit ». Les images accourent et la musique que font ici les rythmes souffle le noir d’un deuil, d’une tristesse. Le monde est...
Un livre
Bords de mer
de
Raymond Bozier
Fragments sur le vif
Recueillis comme en un journal, les poèmes de Raymond Bozier condensent le monde d’aujourd’hui. Sans pathos et sans illusion.
Découvert l’an dernier avec Lieu-dit (Calmann-Lévy) qui lui valut le Prix du premier roman, Raymond Bozier se définit plus comme un poète que comme un romancier. Même si, avant ce Bords de mer, l’écrivain n’avait à sa bibliographie qu’un titre à faire valoir, Roseaux (CCL édition, 1986). Sans du tout appartenir au formalisme, Raymond Bozier attache une importance primordiale à la présentation...
C’est corbeau
Il est rare de trouver à rire dans un recueil de poésie. Jean-Pascal Dubost, avec ses poèmes en prose, parvient à nous attendrir, nous faire sourire et nous amuser. Le narrateur de C’est corbeau voulait écrire un livre sur les corbeaux, lorsque, justement, sa compagne en ramène un petit, tombé du nid. L’adoption de l’oiseau, ses premiers pas, sa façon d’investir la maison font le suc du...
La parole fossilisée
A 70 ans, la Luxembourgeoise Anise Koltz nous donne à lire un recueil empreint d’une grande lucidité. De courts poèmes pour un long chemin.
Les poèmes d’Anise Koltz, publiés d’abord par les éditions Phi, sont plus volumineux qu’ils ne paraissent. S’ils ne rassemblent chacun qu’une petite poignée de vers, quelques mots perdus dans la blancheur d’une page, ils touchent tous aux questionnements essentiels de l’existence. Poèmes nucléaires en cela qu’il leur suffit de trouver le regard d’un lecteur pour se développer sans fin, pour...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



