La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Au supplice de Tantale
Une mouche butine les livres pour donner aux enfants le miel de l’imagination.Jean-Pierre Siméon a créé un livre sans fin, en peu de pages.
En plus d’être bâti sur une idée très séduisante, La Mouche qui lit illustre une démarche éthique sans mièvrerie. Une mouche, posée imagine-t-on sur l’épaule de lecteurs successifs (enfants, adultes, ou chiens), glane quelques phrases de chaque livre lu. Elle nous les restitue en une succession de textes qui vont des Contes à la nuit tombante de Sophie de la Parmentière au journal de...
Un éditeur
Le Furet passe partout
La ficelle est un peu grosse. Elle sent la manœuvre du navigateur qui a trouvé d’où vient le vent. En créant la collection Le Furet enquête, Albin Michel jeunesse ne cache pas sa stratégie : le format et les couleurs vives des couvertures du Furet évoquent un peu celles de la collection Chair de poule qui semble être la seule à provoquer le génocide des tirelires. Pour autant, on aurait tort...
Que jeunesse se fasse
Inventive, la littérature jeunesse a beaucoup à nous apprendre. La preuve ? Son travail d’émancipation rend malades les censeurs de bénitier.
Arrivé au seuil de l’âge de raison, il nous a paru nécessaire que Le Matricule des anges consacre quelques pages aux livres destinés à la jeunesse. Nécessaire est bien le mot. Car cette littérature s’est affranchie depuis quelques années des carcans moraux avec lesquels elle est née pour nous donner à lire aujourd’hui des ouvrages où se fait jour une création étonnante, foisonnante et,...
Des livres
Fusée N°2
Travers N°52
Vite dit
Fusées ne porte pas bien son nom. Sa vitesse de croisière ne lui permettrait pas de longs voyages interstellaires. En revanche, le deuxième numéro de cette revue annuelle mérite largement qu’on prenne le temps de s’y arrêter. Les plus pressés iront découvrir avec quels soins est présenté Réel In bondagede Gérald Moralès (qui colle du papier transparent, support de texte, sur des photos...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


