La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Logoden et autres îles
de
Alain-Michel Boyer
Logoden et autres îles
Alternant le vers et la prose, Alain-Michel Boyer a construit une ode aux îles bretonnes en forme de chapelet. On canote d’une île à l’autre en se faufilant entre de frêles esquifs qui n’excèdent guère souvent les deux pages. Ce joli livre pourrait d’une certaine façon servir de guide à condition que l’on veuille visiter un paysage breton purement mental. En effet, rien ne charme plus...
Un livre
L' Infigurable
de
Yaël Cange
L’infigurable
L’écriture poétique de Yaël Cange nourrit une incessante irritation. Née d’un drame qui en constitue son soleil noir, la phrase de ces poèmes s’érige en lambeaux, vidée de sens parfois, mutilée, hachée, redondante. Ce qui est infigurable (l’absence) est aussi indicible, mais la douleur au moins peut constituer comme la partition d’un chant d’où l’harmonie est exclue. Le verbe souvent...
Un livre
Maleterre
de
Didier Goupil
Entre Rimbaud et Carjat
Neuf nouvelles d’un jeune auteur taraudent la question de la création et de ce qu’elle mérite qu’on lui sacrifie. Maleterre de Didier Goupil.
Didier Goupil est, à l’évidence, un lecteur de Pierre Michon. L’affirmation pourrait reposer sur quelques thèmes de son recueil de nouvelles Maleterre. De C’est un Chef-d’œuvre qui ouvre le recueil à L’Ogre qui le clôt, ce jeune écrivain de 32 ans aime tremper sa plume dans la palette des peintres. On songe alors àVie de Joseph Roulin et Maîtres et serviteurs de Michon (Verdier). On...
La parole arborescente
En cherchant à dire l’éternité à travers la femme, la mer ou l’arbre, François Solesmes a fini par forger une langue créatrice d’un monde où le temps suspend son vol. Eloge de l’arbre consacre une écriture sans bornes.
Si l’on devait attribuer la palme du plus beau livre de littérature de l’année, on voit mal comment la récompense pourrait échapper à cet Eloge de l’arbre que nous proposent François Solesmes, l’auteur, et Jacques Neyme, son éditeur. Son grand format (230x320 mm), le papier d’une belle qualité, la typo constituée d’un « Garamond expert collection » aux élans précieux, l’encre, enfin, dont on...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


